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Ministre des affaires étranges

 

h-3-1383885-1231764580 Long silence dû à ma vacance plus qu’aux vacances, longue interruption due à à mon inaction plus qu’à des obligations…!

Pour reprendre le fil de mes propos et vous faire à nouveau partager mes humeurs, j’aimerais tout d’abord revenir sur ce qui a constitué, ces derniers temps, “l’affaire Kouchner”, du fait de la parution du livre de Pierre Péan “Le monde selon K. (Fayard)”. Je vais vous dire que, très franchement, la plupart des révélations contenues dans cet ouvrage n’en étaient pas pour moi. Je savais depuis quelque temps déjà, pour avoir lu quelques articles sur Bakchich.info et avoir suivi sur France Inter l’émission de Daniel Mermet “La-bas si j’y suis”, consacrée au très sérieux et très humoristique “procès” du “french doctor”, que le personnage n’était ni frais, ni franc !

Mais c’est le livre de Péan qui a déclenché le “buzz” médiatique en revenant sur nombre d’affaires étranges, mais pas étrangères aux pratiques du ministre. Rappelons quelques faits qui relèguent au rang de l’anecdote l’épaulé-jeté du sac de riz complaisamment répété devant les caméras : entre 2002 et son entrée au gouvernement en 2007, Bernard Kouchner aurait effectué, via sa société BK Consultants et trois entreprises Danomex, Africa Steps et Imeda (International Medical Alliance), des études facturées à prix d’or, auprès de chefs d’Etat africains, parmi les plus fiers représentants de la Françafrique, Omar Bongo ou Denis Sassou Nguesso, qui en matière de démocratie et de probité ne figurent pas vraiment au top 50 des dirigeants !totalementresponsable1

Que Kouchner, ce grand défenseur auto-proclamé des droits de l’Homme ait travaillé pour ce type de personnages, dont acte…cela ne surprendra que ceux qui auraient oublié son complaisant rapport sur la Birmanie, réalisé pour le compte de Total, où il dédouanait l’État birman et la société pétrolière de tout recours au travail forcé, à l’encontre même des opinions du prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, retenue prisonnière par la dictature birmane ! Un rapport politiquement correct payé 25 000 euros de la part du nauséabond Total

Les cabinets d’étude en cause sont gérés par Jacques Baudouin et Eric Danon. Aujourd’hui encore gérant d’Imeda, Eric Danon est devenu, le 8 août 2007, ambassadeur de France à Monaco, avant d’être envoyé à Genève en février 2008 pour représenter la France à la conférence du désarmement. Toujours gérant d’Africa Steps, Jacques Baudouin œuvre quant à lui comme conseiller presse et communication au ministère des Affaires Etrangères. Quay d’Orsay ou quai d’arsouilles ?!!! Le créneau de ces sociétés ? Le conseil en systèmes de santé. Problème, depuis 2002, Kouchner est aussi président du groupement d’intérêt public Esther, qui a pour vocation la mise en place de réseaux nord-sud de santé publique. Le mélange des genres n’est pas du meilleur goût. Mais là où tout cela devient vraiment gênant, c’est lorsque Kouchner ministre, selon Péan (qui n’en apporte néanmoins pas la preuve formelle), réclame son dû à Omar Bongo, pour un audit commandé en 2004, lorsque celui vient rendre visite au président Sarkozy le 25 mai 2007. Ou lorsque le 7 septembre, Eric Danon, Ambassadeur de France, envoie une lettre de relance à Libbreville pour une facture en souffrance de 817.000 euros, au nom d’Africa Steps/Imeda, dont le site Bakchich.info s’est procuré le fac-similé :

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Ce reliquat de facture sera réglé par le Trésor gabonais durant le premier trimestre 2008. Ainsi, l’État gabonais aura donc récemment versé près d’un million d’euros à deux sociétés gérées par des proches du ministre des Affaires étrangères, pour des contrats sur lesquels a bûché le dit ministre. Original. Et peut-être un brin gênant, quand il s’agit de discuter sereinement avec les autorités gabonaises et Omar Bongo.  

Au Gabon, le montant global des contrats facturés par Imeda et Africa Steps serait, selon Péan, de près de 2.650.000 euros ! Sur cette somme, Bernard Kouchner perçoit 216 000 euros après impôts. Lui-même reconnaît, pour cette activité, un revenu pendant trois ans de 6 000 euros par mois hors impôts. Rémunéré comme consultant et travailleur indépendant par l’intermédiaire de sa propre société BK Conseil, il crée, également, une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL), BK Consultants, dont il est l’associé unique. BK Conseil et BK Consultants sont domiciliées chez lui.

D’après Péan, ce sont, entre autres, les petites affaires du docteur Kouchner qui auraient coûté à Jean-Marie Bockel son secrétariat d’Etat. Ce dernier avait eu la mauvaise idée de vouloir se faire le fossoyeur de la Françafrique et de mettre les pieds dans un plat fort juteux ! En achetant les services de Kouchner Omar Bongo aurait surtout voulu s’attacher «ceux d’un homme d’influence».

Voyons un peu le colossal travail que représente ce type de rapports : dans son édition datée du 12 février consacrée "aux bons rapports du docteur Kouchner", L’Express publie le fac simile de la page de garde du rapport du 5 février 2004. D’après Me Georges Kiejman, l’avocat du French docteur ce rapport «avec annexes et graphiques», intitulé «Le constat» pèse 107 pages et aurait été suivi d’un second, de 25 pages, daté d’août 2004, intitulé «Les propositions de réforme». Malheureusement ces textes restent invisibles. Les seuls documents qu’ait pu se procurer Bakchich.info se limitent à…une quinzaine de pages ! Serait-ce cet «épais» dossier qui a été facturé 2,6 millions d’euros au Gabon, soit près de 173 000 euros la page ? Ou s’agit-il de simples «synthèses», «de pré rapports», comme l’affirment les proches du ministre ? Alors dans ce cas, pourquoi Bernard Kouchner ne fournit-t-il pas les fameux rapports dans leur totalité ? Le bon docteur, pourtant si fier de son travail, n’en aurait-il pas conservé un double ?

La première note connue, lourde de six pages est adressée directement à Son Excellence El Hadj Omar Bongo Ondimba par «Bernard Kouchner, ancien ministre». Une sacrée carte de visite ! jpg_bk-rapport-annonce-fevrier-d63b3

Et le grand humaniste humanitaire de dresser un vaste panorama du système de santé gabonais. Du grand, du lourd, du costaud !

«Vous avez bien voulu confier à Imeda un travail d’analyse critique du système de santé gabonais et de son financement, écrit le consultant Kouchner. Cette société m’ayant consulté, je souhaite vous soumettre quelques observations et recommandations sur lesquelles je serais heureux de recueillir votre sentiment…Après trois mois d’études il m’apparaît que les efforts de solidarité nationale devraient porter sur les points suivants… l’organisation gouvernementale de la santé doit être remaniée, l’offre de soin optimisée, la formation, la répartition et la rémunération des personnels de Santé doivent être revue, la participation du secteur privée doit être mieux encadrée».

Ces quatre grands axes, dont chacun percevra l’immense originalité, et la profondeur d’analyse occupent chacun une page. Une page qui pèse lourd, au vu des sommes touchées par Kouchner et ses amis. Et le bon docteur Kouchner de conclure : «Le rapport final d’Imeda proposera les grandes lignes d’une harmonisation des relations inter-médicales (…) Si vous acceptez ces lignes de force, elles seront soigneusement étudiées et chiffrées».

Sans doute le président gabonais a-t-il été séduit et convaincu par une argumentation aussi poussée et pertinente. Quatre mois plus tard, le 30 juin 2004, un deuxième «rapport» voit le jour, beaucoup plus dense encore puisqu’il se compose de …9 pages 

«Il y a quatre mois, rappelle Kouchner au doyen des chefs d’Etat africain, nous vous avons soumis un premier rapport qui résumait l’état des lieux». Au passage un petit rappel des quatre axes de réflexion qui figuraient dans la première lettre. «Organisation de la santé publique, optimisation de l’offre de soins (…) amélioration de la situation des hôpitaux et des dispensaires, ainsi qu’une organisation plus rationnelle du système de formation». On tire un peu à la ligne…

Puis le futur ex-socialiste, ex et futur ministre, enchaîne : «Comme nous en étions convenus, nous vous proposons aujourd’hui un schéma de mise en place d’une couverture maladie pour tous les Gabonais». Sans oublier une petite flatterie pour le “généreux” client. «Comme vous il ne nous paraît plus possible qu’un nombre important de citoyens s’en remettent à la générosité du président de la République pour se faire soigner».

S’ensuivent trois pages techniques, truffées de chiffres sur le nouveau système à mettre en place. Et la description de la suite des évènements à venir. A savoir une grande concertation nationale organisée dans le «cadre d’Etats généraux de la Santé»

Et transparaît, dans ce deuxième "rapport", la satisfaction du travail bien fait. «Monsieur le président, j’ai le sentiment qu’International Medical Alliance (Imeda) et moi-même avons accompli notre tâche préparatoire».

De plus, comme l’a dévoilé France Inter, le ministère des Affaires Etrangères avait en 2002, réalisé un volumineux rapport de 160 pages sur le même sujet. Soit deux ans avant les liminaires et limitées remarques du docteur Bernard… Mais sans doute le rapport n’avait-il pas été aussi bien “vendu” à Omar Bongo. Kouchner-afrique-1

Les activités de Bernard Kouchner ne se sont bien sûr pas limitées au Gabon. En avril 2004, il rédige, pour le compte d’Imeda et à l’intention de Varsovie, un rapport pour une amélioration du système de santé polonais. En mai, il effectue une mission au Nigeria afin d’étudier la possibilité de privatiser l’hôpital d’Abuja. En juin, il cosigne un rapport de 65 pages destiné à la réforme du système de santé de la Roumanie. En février 2005, il écrit un rapport en anglais pour le compte de l’Ukraine afin d’établir un programme de lutte contre le sida dans les entreprises…Avec ces rapports, l’ancien de Médecins sans frontières et de Médecins du Monde a gagné un nouveau surnom, «Docteur Coute-cher» !

Et cette “expertise” ne cesse pas avec son accession au gouvernement, même s’il dit “avoir mis en sommeil” ses sociétés.

En juin 2008, le ministre a refourgué aux autorités du Kurdistan irakien un vague contrat d’expertise médical. Avec 275.466 euros à la clé et ses copains à la caisse. Vingt-cinq jours de présence pour organiser une vague conférence en avril 2009, avec aux commandes un ancien de ses conseillers à la Santé et ex patron de Médecins du Monde, Patrick Aeberhard. Détail amusant, ce médecin a été nommé professeur à Paris VIII par l’ancien président de la fac et grand ami de Kouchner, Pierre Lunel. Lequel Lunel appartient aujourd’hui au cabinet du ministre, malgré l’instruction dont il fait l’objet au tribunal de Bobigny. Les soupçons de la justice portent sur le mélange des genres il se serait rendu coupable à la tète de Paris-VIII en organisant…de bien étranges missions médicales et culturelles.

Tout cela écorne sérieusement la belle image de chevalier blanc que cultive cette icône médiatique. Mais ce qui m’a le plus révulsé ce sont les pitoyables méthodes de défense utilisées par le grand homme pour se disculper et discréditer Pierre Péan : mensonges, approximations, anathèmes et calomnies ! 

Bernard Kouchner a déclaré qu’il n’avait jamais appartenu aux sociétés IMEDA ou Africa Steps, qu’il n’en était que l’un des consultants et qu’il n’avait donc aucune raison de se préoccuper du règlement des factures… Pourtant,  comment expliquer, qu’en tant que simple consultant, son nom figure en toutes lettres, parmi le “personnel”, sur le panneau affiché à la porte de la gardienne de l’immeuble abritant ces sociétés, Boulevard Saint-Germain à Paris ?
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Mais la meilleure défense étant l’attaque, devinez sur quel terrain s’est située la réplique du bon docteur ? ….Bingo ! Celui de l’antisémitisme bien sûr. Accusation récurrente et diablement tendance, imparable pour jeter l’opprobre et la suspicion sur quiconque met en lumière vos travers. Et voici Pierre Péan, sous prétexte d’avoir utilisé le terme de «cosmopolitisme anglo-saxon» dont Kouchner serait le représentant, accusé d’user de la même terminologie nauséabonde que l’extrême droite antisémite des années 1930 et donc d’avoir de douteuses motivations ! Comme si nazis et antisémites avaient définitivement marqués de leur empreinte certains mots ! Peut-on dire “détail” sans être lepéniste, peut-on parler d’un “collaborateur” sans être pétainiste ?

De plus, Péan commet l’outrage d’appeler BHL “Lévy”. Il aggrave son cas ! N’en doutez plus c’est bien là le signe d’un antisémitisme, avoué ou non, mais qui gangrène tous ses propos…Appeler un Lévy par son nom, c’est forcément lourd de sous-entendus pestilentiels de couleur brune ! D’ailleurs le philosophe mondain, Bernard-Henri L…. a été un des premiers à sonner la charge contre ce suppôt supposé de l’antisémitisme, relayé par ses habituels thuriféraires dont, au passage, bien sûr, l’inévitable et vil Val qui n’a pu s’empêcher de déverser son fiel envers l’ouvrage de Pierre Péan, au Grand Journal de Canal +, dont il semble être devenu un chroniqueur régulier (aux côtés d’Alain Duhamel et de Catherine Nay ! Quelle promotion !).

Mais cette fois-ci, la sauce n’a pas pris et semble s’être figée dans ses relents d’aigreurs. Peut-être qu’à trop tirer sur la même ficelle, même si elle est des plus grosses, elle finit par casser ! Peut-être qu’à trop solliciter l’antisémitisme dans chaque propos, peut-être qu’à force de voir de l’antisémitisme partout, et chez tous, bien caché dans le secret des âmes, bien tapi dans les profondeurs des inconscients, les grands imprécateurs finissent par ne plus être crédibles !

La remarquable et cinglante réponse que leur fait un juif, l’éditorialiste de “Marianne 2” Philippe Cohen, mérite d’être citée dans son intégralité :

LES ÉDITOS DE MARIANNE


Supplique à Aphatie, Le Monde, Le Nouvel Obs et les autres : oubliez-nous, oubliez les juifs !

Un certain nombre de journalistes se sont abaissés à reprendre l’argumentaire honteux de Bernard Kouchner insinuant que le livre de Pierre Péan est limite, voire antisémite. Ce sont eux les vrais fourriers de l’antisémitisme qui vient…


Les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.» La réplique d’Audiard dans le film «Les tontons flingueurs» ne s’applique qu’imparfaitement à l’éditorialiste inconnu (et peu courageux) du Monde (1) et au célèbre blogueur Jean-Michel Aphatie : en fait, accuser Pierre Péan d’antisémitisme n’est pas seulement con, c’est dangereux, risqué. Dangereux pour le débat public, certes. Mais aussi risqué pour les juifs. Nous vivons, nous, juifs français -et je ne me suis jamais, jusqu’alors autorisé ce nous– une situation particulière qu’il faut bien comprendre. L’État que beaucoup d’entre nous portent dans leur cœur s’est rendu coupable d’actes de guerre révoltants. Il a été écrit partout dans le monde que l’escroc qui a fait de la cavalerie avec l’épargne de quelques milliers de riches s’appelle Madoff et qu’il est juif. Personne, dans les médias, ne s’est étonné de ce qu’il ne soit pas en prison mais beaucoup de gens le pensent et, un jour au l’autre, de vrais antisémites le diront. Bref, l’actualité fournit beaucoup d’occasions d’exciter des rancœurs ou même une haine antijuive.


Juifs donc intouchables ?

Et maintenant Bernard Kouchner. Honte à lui de s’être servi de la communauté juive comme d’un bouclier humain, au lieu de s’expliquer pour de bon sur son affairisme évident ! Que les bien–pensants des rédactions, tous les Aphatie, les Backmann, Jauvert (Nouvel Observateur ), les Bernard (Le Monde) de toutes les rédactions continuent à prétendre que demander des comptes ou contester le patriotisme de Kouchner rappelle Gringoire ou Je suis Partout, et alors, c’est sûr, nous verrons les vocations antisémites se lever à nouveau dans notre pays.


Qu’il continuent, ces idiots inutiles, gonflés de leurs ego de résistants de la 25ème heure, à prétendre qu’évoquer la fortune d’une personnalité est antisémite ; qu’ils persistent à défendre les juifs de cette façon et alors là, oui, ils rendront un fier service à tous ceux qui veulent montrer que les juifs sont des intouchables ; qu’«ils» s’abritent toujours derrière la Shoah pour spolier les Français ou trahir leur pays : qu’«ils» serrent les coudes et forment un bloc uni et solidaire.

Qu’ils dispensent Bernard Kouchner de vraiment répondre aux critiques émises à son endroit au prétexte qu’elles viennent d’un goy et concernent un juif, alors oui, ils auront suscité, stimulé, provoqué le risque de remontée d’un antisémitisme d’un type nouveau, d’un antisémitisme post-Shoah.


De grâce, Aphatie, Backmann, Jauvert, Bernard et les autres, oubliez-nous, oubliez les juifs. Ils vous en seront reconnaissants.

(1) Je sais bien que l’éditorial non signé est dans la tradition du Monde. Mais quand on accuse implicitement quelqu’un d’être antisémite, il est préférable de signer. Sinon, ça fait lettre anonyme, si vous voyez ce que je veux dire….

(2) Dans son article «Le fond du livre de Péan est-il antisémite?», l’éditorialiste utilise une méthode qui aurait fait la fierté de Vichinsky, le procureur des procès de Moscou : il cite tour à tour trois passages du livre (le premier sur Kouchner se levant pour l’hymne national anglais, le second comprenant l’expression "cosmopolitisme" –il faudra sans doute réécrire l’un des livres les plus fameux de Kant–, et le troisième évoquant Gaza pour conclure, en se mettant dans le cerveau de Péan : «Cet homme ne se lève pas pour la Marseillaise, il «hait» les valeurs de la République, il défend Israël.» Cher Jean-Michel Aphatie, ce procédé qui consiste à rapprocher plusieurs passages d’un ouvrage de 320 pages, a un nom : l’amalgame. Avec votre pauvre texte de 4000 signes, je pourrais aisément me demander si vous ne seriez pas coupable d’un préjugé anti-Breton nauséabond, ou si vous ne souhaitez pas vous racheter d’avoir collaboré, par le passé, à un journal anti-israélien…

Philippe Cohen

Un dernier mot, sur un tout autre sujet :

En Guadeloupe, le collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) revendique toujours une meilleur répartition des richesses à travers une hausse des salaires ainsi qu’une baisse des prix, le MEDEF local continue de ne proposer que des solutions qui seraient financées par l’Etat (suppression des charges patronales, etc…), et l’Etat tourne le dos aux problèmes avec un mépris ostentatoire. Jetons un voile pudique sur la prestation et la sortie de scène d’ Yves Jégo et sur la crédibilité des deux médiateurs qu’il a abandonnés sur place. Violences et répression risquent de se répandre et de se répondre.

Le LKP est un collectif réuni autour d’un objectif commun : dénoncer la cupidité sans bornes d’une infime minorité -quelques familles, tout au plus- puis la mettre à mal en réclamant un réajustement dans la répartition des richesses en faveur de la population. Le terme de «Pwofitasyon» rend compte de cette cupidité. La «pwofitasyon», c’est le goinfrage immodéré, sans gène et agressif. Le problème des Guadeloupéens, c’est donc l’appropriation de richesses colossales par un tout petit nombre d’individus, aux dépends de la population. On parle de situations de monopole ou de quasi monopole dans tous les secteurs clé de l’économie : les importations, la distribution, le transport, l’immobilier, etc… mais également de captation d’argent public ou de privatisation de divers «cadeaux fiscaux» par quelques familles békés (blancs pays, descendants des colons) guadeloupéennes ou martiniquaises.

Cette appropriation de richesses apparaît comme doublement illégitime car d’une part elle se fait sur le dos de la population : les positions de monopole sont très largement responsables d’un «coût de la vie» plus élevé qu’en métropole d’environs 40% et d’un revenu moyen en Guadeloupe inférieur de 30% à celui de la métropole, en dépit de montants astronomiques d’argent public engloutis au titre du «développement économique».

D’autre part, cette appropriation avide de richesses par quelques familles békés est l’essence et le moteur qui fait perdurer une situation néocoloniale (une domination exercée par une minorité et légitimée par une notion plus ou moins avouée de “race”). Situation qui prend racine dans l’esclavagisme.

Mais bon, de toute façon, l’actualité n’existe que d’être actuelle et, dès demain, on parlera d’autre chose…

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Égocratie

Quoi de neuf en Frankozie ? Rien que du pire. Naboléon Sarkonaparte est de plus en plus partout présent ! Little Man se rêve en Big Brother ! Nico tout puissant étend son empire et le mal empire !sarko

Dernier caprice arbitraire du Maître atrabilaire : Le préfet de la Manche, Jean Charbonniaud, et le directeur départemental de la sécurité publique, Philippe Bourgade viennent d’être éjectés de leur poste : Ancien chef de cabinet de Dominique de Villepin, puis conseiller à la sécurité civile au ministère de l’Intérieur, Jean Charbonniaud a été nommé en Conseil des ministres préfet hors cadre, rétrogradé comme membre du Conseil supérieur de l’administration territoriale de l’Etat. Le directeur départemental de la sécurité publique de la Manche, Philippe Bourgade, a été muté dans la foulée et l’a mauvaise : «Qu’est ce qui s’est passé de grave ? Pas grand-chose, si ce n’est que le Président a entendu les manifestants le siffler.» Bien que l’Elysée ait aussitôt démenti tout lien entre cette mutation et le voyage mouvementé de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô, le ministère de l’Intérieur a confirmé, vendredi, qu’il s’agit bien d’une punition «liée à sa mauvaise gestion de l’ordre public lors de la visite du président de la République». L’affaire rappelle singulièrement le limogeage du patron des forces de sécurité en Corse, Dominique Rossi, à la suite de l’intrusion le 30 août 2008 de nationalistes dans la villa de Christian Clavier, ami du chef de l’Etat

Il ne fait pas bon être la cible de la colère de Nicolas Sarkozy, qui s’est clairement exprimée après ce déplacement chahuté. Le 12 janvier, le président de la République, accompagné du ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, y a été hué par 3000 manifestants. Le député UMP de la Manche, Philippe Gosselin, qui se trouvait à ses côtés témoigne de sa fureur : «Il était très énervé d’entendre les manifestants le siffler. Il y a eu plus de monde qu’il n’en attendait à la manifestation je crois, 3000 manifestants à Saint-Lô, ça ne s’était pas vu depuis vingt ou trente ans Cet élu, qui préside la fédération UMP de la Manche, juge «cette sanction très regrettable, injuste, c’est un mauvais signal politique. Cela donne l’impression que la manifestation du 12 s’est mal passée alors qu’il n’y a pas eu d’incident majeur», a critiqué Philippe Gosselin. Le président UMP du conseil général de la Manche, Jean-François Legrand, partage cet avis : «Je trouve parfaitement lamentable qu’on puisse utiliser un représentant de l’Etat comme si on utilisait un Kleenex. C’est scandaleux. C’est une pratique d’un autre temps, contre-productive d’un point de vue politique. Ce préfet est un très bon préfet qui n’a aucune responsabilité dans cette affaire.»

Mais au delà du nouveau caprice du prince Sarkocescu, c’est toute une conception du pouvoir et des libertés publique qui se fait jour à travers cette décision. Comme le dit François Bayrou, il s’agit d’une «sanction arbitraire» contre un «haut fonctionnaire qui a déplu parce qu’il n’a pas pu empêcher une manifestation républicaine» et «qu’il n’en avait d’ailleurs pas le pouvoir car s’il l’avait fait, ça aurait été une atteinte grave aux libertés». Pourtant c’est vers cette restriction des libertés que l’on s’achemine un peu plus chaque jour. Le président veut museler l’expression des Français, ne pas connaître les manifestations de désaveu ou d’hostilité, et demande aux services de l’Etat de mettre en œuvre cette volonté : “Cassez vous tous pauvres cons ou je vous casse !” Notez d’ailleurs la réaction du Syndicat national des commissaires de police qui, par la voix de son numéro deux Emmanuel Roux, appelle les fonctionnaires à "se donner les moyens de réussir la mission qu’on leur confie et de penser en second lieu aux coûts financiers". Il explique qu’il est possible moyennant un important déploiement de forces d’isoler totalement le président de la foule. Et, sans critiquer les mutations, il émet des réserves. "En terme d’ordre public, dire qu’il y a une faute professionnelle c’est toujours très maladroit, dans la mesure où encore une fois les manifestants sont quand même dans une démocratie et doivent avoir un peu de marge de manœuvre”…Mais puisqu’on vous dit que nous sommes “quand même dans une démocratie” !

Tentative de main mise sur la culture, également ! Cela semblait pourtant un domaine duquel ses compétences et ses intérêts semblaient devoir le tenir à l’écart ! Mais non, là aussi il veut mettre sa griffe, reléguant un peu plus Catherine Albanel au rôle de potiche (Mais il est vrai que c’est ce qu’elle fait le mieux !) 

Le président de la République vient donc d’installer officiellement le «Conseil pour la création artistique», cet organisme dont il avait fait l’annonce surprise le 13 janvier dernier. Un Conseil qui doit être un laboratoire d’idées et «impulser un changement de culture», a-t-il expliqué dans un discours. «Je veux que ça bouge, je veux que ça change, je veux que la culture soit notre réponse à la crise économique mondiale».
Ce conseil devrait avoir «pour mission de proposer aux pouvoirs publics une nouvelle politique en faveur de la création artistique, tournée vers l’excellence, favorisant sa diffusion en France et à l’étranger». De bien louables intentions, tout juste éclairées par le fait que, dès la mi-janvier, le président avait parlé de «recentrer les aides» face à «un empilement de subventions» dans le domaine culturel. «Encourager la diversité sans égard pour la qualité, ce serait possible dans une ère d’abondance, a confirmé Nicolas Sarkozy. A l’ère de l’économie, il faut faire des choix, et des choix justes.». Voilà, vous avez bien compris, dans le domaine culturel, comme dans celui de la recherche, ou de l’éducation, ou des hôpitaux (liste ouverte),, il s’agit de mieux “or-ga-ni-ser”, pour mieux réduire les moyens ! Et pour être bien sûr que la petite dizaine de membres alibis de ce Conseil (Marin Karmitz, Dominique Hervieu, directrice du Théâtre national de Chaillot, Hervé Chabalier, PDG de l’agence Capa, Emmanuel Ethis, professeur en sciences de l’information et de la communication, président de l’université d’Avignon, Henri Atlan, médecin, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Jacques Blanc, directeur du Quartz (Scène nationale de Brest), Laurent Bayle, directeur général de la Cité de la Musique, Vincent Frerebeau, fondateur du label Tôt ou tard, qui produit Carla Bruni, Emmanuel Hoog, président de l’Institut national de l’audiovisuel, Olivier Meyer, directeur du Théâtre de l’Ouest parisien, Jean Vinet, directeur du Centre des arts du cirque de Basse-Normandie, Laurent Le Bon, directeur du projet Centre Pompidou-Metz.) n’iraient pas se fourvoyer dans des projets inconsidérés, devinez qui le Président a désigné à la tête de cet organisme ? …Nicolas Sarkozy lui-même. «Ma parole est plus libre que celui qui produit et qui doit faire attention à ce qu’il dit, a-t-il justifié. C’est donc à moi de donner un coup de pied dans la fourmilière, de bousculer les choses». Christine Albanel, la ministre de la Culture, longtemps discrète sur le sujet comme sur tant d’autres, devrait co-présider ce Conseil à ses côtés.

30207_sarkouneAutre annonce récente, autre significative volonté de “poutiniser” le régime : la décision de de supprimer la fonction du juge d’instruction pour confier la totalité des enquêtes judiciaires aux procureurs. Dans le projet que présente le chef de l’Etat, il est prévu que le statut du parquet ne soit pas réformé pour le rendre indépendant, malgré l’extension de sa fonction. Les procureurs et procureurs généraux seraient donc toujours nommés, comme actuellement, par un décret présidentiel en conseil des ministres, comme les préfets (dont on a vu récemment quel usage en est fait), et pourraient toujours recevoir des instructions du ministre de la Justice.

Le juge d’instruction, indépendant par son mode de nomination et son statut, ayant autorité directe sur la police judiciaire était porteur d’une insupportable possibilité de liberté d’action.

Les deux principaux syndicats de magistrats ont estimé que ce projet mettrait fin à l’indépendance de la justice pénale. "Il s’agit de venger les hommes politiques d’actions positives des juges d’instruction dans les années 1980 et 1990 dans des affaires de corruption. C’est une reprise en main totale de la procédure pénale par un parquet à la main du pouvoir", a dit Christophe Régnard, président de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). "C’est la mort d’un système judiciaire indépendant, puisque le parquet est entre les mains du pouvoir. Il y a une grande revanche prise sur la justice économique et financière", a estimé Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche).h-20-1378568-1231393586

Rappelons en effet que les juges d’instruction ont surtout suscité l’hostilité des grandes entreprises, de leurs dirigeants et des partis politiques par de vastes enquêtes sur des affaires de corruption depuis le début des années 1990 : Le scandale Urba a ébranlé le PS sous l’ère Mitterrand. Les affaires de la mairie de Paris ont déstabilisé Jacques Chirac durant toute sa présidence, aboutissant même à sa mise en examen après son départ de l’Elysée. Plusieurs sociétés du CAC 40 font l’objet d’instructions actuellement. Le patron de Total Christophe de Margerie est ainsi mis en examen dans deux dossiers de corruption visant l’Iran et l’Irak. Plusieurs dirigeants d’Elf ont fini en prison durant l’enquête menée dans les années 1990. L’affaire des ventes d’armes à l’Angola a conduit plusieurs personnalités de droite et de gauche devant la justice.

Le Président prend prétexte de quelques “bavures” imputables à des juges d’instruction (arrestation de Vittorio de Fillipis pour une simple affaire de diffamation, instruction controversée du juge Burgaud dans l’affaire Outreau…) pour justifier ce projet en le présentant (tenez-vous bien !) comme une avancée des libertés publiques. S’il fallait supprimer tous les représentants d’une institution dont l’un ou l’autre de ses membres a, à un moment ou un autre, dysfonctionné, il y a belle lurette et gai luron que (entre autres) les fonctions de maire, de parlementaire, d’officier, de commissaire de Police, de préfet, de ministre, et même, et surtout, de président de la République auraient disparu !

Je suggère donc à notre Omnipotentat d’aller plus loin dans sa réforme et, tant qu’à vouloir reprendre en main et à sa main la justice, pourquoi ne pas revenir à une tradition qui a fait ses preuves jadis (conduisant même notre Sainte mère l’église à béatifier l’auteur de cette pratique) : Rendre lui même la justice sous un chêne. Il en aurait sans doute un peu plus encore l’air d’un gland…mais quel bonheur de pouvoir juger de tout !

Rachida Dati, encore, mais si peu, Ministre de la Justice accompagnait le chef de l’état face aux plus hauts magistrats, pour l’entendre annoncer cette disparition du du juge d’instruction. À aucun moment, elle n’a été amenée à s’exprimer sur le sujet. Elle aussi n’est plus qu’un élément du décor et qui va d’ailleurs vite être effacé. Virée, celle qui était parvenue à se mettre à dos l’ensemble du monde judiciaire, mais qui bénéficiait dans l’opinion publique (celle que modèlent et martèlent les médias) d’une popularité très tendance, tant il est vrai que l’on parlait plus de ses toilettes, de ses bijoux, de sa grossesse et du père de son enfant que des réformes qu’elle devait porter et supporter ! Son retour au travail cinq jours seulement après avoir accouché n’aura servi à rien. Rachida Dati a, de fait, été congédiée du gouvernement par le chef de l’Etat. Petit seigneur, il a offert à son ex-favorite une porte de sortie à peine honorable. Elle sera n °2 sur la liste aux européennes en Ile-de-France, derrière Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, et devra quitter son ministère au printemps. Celle qui avait fini par indisposer «presque physiquement», selon un de ses proches, le président de la République a pourtant lutté jusqu’au bout pour ne pas passer à la trappe. La ministre avait même peu avant appelé le Figaro pour démentir officiellement sa candidature aux élections européennes : «Il n’en a jamais été question. J’ai encore reçu récemment l’assurance du président de la République que je continuerai en 2009 à mener mon action à la chancellerie», déclarait-elle ! Qui cherchait-elle à illusionner ? Rien n’avait pourtant été épargné à Rachida Dati pour lui signifier sa disgrâce. Celle qui trottinait voilà un an en talons hauts et robe d’apparat aux quatre coins de la planète aux côtés du chef de l’Etat a commencé par être rayée, en mai 2008, de la liste du «G7», la garde rapprochée des ministres les plus politiques que Nicolas Sarkozy réunit régulièrement autour de lui à l’Elysée. Un choc pour elle. Elle a dû ensuite essuyer les affronts de François Fillon «totalement hostile» à l’incarcération possible des mineurs dès 12 ans quand elle jugeait la mesure de «bon sens». Ou encore cette rebuffade de Nicolas Sarkozy à propos de l’interpellation musclée du journaliste de Libération Vittorio de Filippis, sur laquelle Rachida Dati ne trouvait rien à redire…

h-3-1378876-1231414441Son dernier geste notable ne laissera pas un souvenir impérissable : En l’honneur de la naissance de Zohra, Rachida Dati a fait livrer aux 19 prisonnières enfermées avec leur bébé un joli lapin en peluche ! (Une prisonnière, suivant la loi française, peut garder son bébé, durant les dix-huit premiers mois suivant la naissance.) "La ministre a estimé que c’était le devoir d’un garde des Sceaux de faire un geste d’humanité envers ces femmes détenues", explique le conseiller presse de Rachida Dati. "C’est la première année que cela se fait. Rachida Dati a cette idée depuis longtemps mais l’année dernière, comme elle venait d’arriver au ministère, cela n’avait pas pu se faire. Il fallait juste que ça s’organise", ajoute-t-il. Bravo pour “l’organisation”, ça c’est de l’efficacité ! C’est comme ça que les prisons françaises vont s’humaniser ! prison-19

115 suicides dans les prisons françaises en 2008 et déjà une douzaine depuis début 2009. Rappelons que le taux de suicide y est l’un des plus élevés d‘Europe, 17 pour 10.000 en 2008 selon l’administration pénitentiaire, soit le double de celui de l’Allemagne ou la Grande-Bretagne et le triple de celui de l’Espagne. La France compte près de 64.000 détenus pour 51.000 places.

Et si, pour lutter contre cette situation préoccupante et dans un grand élan humanitaire, le ministère envoyait dans les prisons, 64.000 peluches ? Maintenant que l’on sait comment “organiser” la chose…

Et à propos de justice et de détention, je ne résiste pas au désir de mettre en parallèle deux informations brutes et brutales trouvées récemment sur la toile, qui n’ont certainement pas fait la une des journaux, et que je ne commenterai même pas, vous laissant libres d’en tirer toutes les conclusions utiles :

1. Le parquet de Paris a requis un non-lieu général dans l’enquête sur des malversations présumées au sein de Vivendi Universal, dans laquelle Jean-Marie Messier est mis en examen. Selon l’une des sources, le parquet considère que les charges à l’encontre des sept mis en examen ne sont pas suffisamment caractérisées pour justifier leur renvoi devant le tribunal correctionnel.
Jean-Marie Messier figurait parmi les mis en examen en juin 2004 pour «manipulation de cours, diffusion de fausses informations et abus de bien social», ainsi qu’Edgar Bronfman Jr. Cet ancien administrateur de Vivendi Universal, avait été mis en examen lors de la clôture de l’instruction par les juges Henri Pons et Jean-Marie d’Huy en janvier 2008.

2. Il est 21 heures ce 12 janvier quand des policiers de la BAC remarquent «un jeune homme de type africain, visiblement nerveux» attendre sous le pont, rue Vercingétorix, dans le 14e. Le «suspect regarde à droite à gauche» quand arrive un véhicule, tous feux éteints. Le suspect remet un sachet en plastique au conducteur contre de l’argent, puis repart en courant. Le conducteur est arrêté, interrogé. Mamadou est retrouvé grâce à son signalement. Il comparaît ce 14 janvier pour acquisition, détention et revente de cannabis : huit grammes échangés contre vingt euros. Condamné deux fois pour les mêmes faits par le tribunal des enfants, une troisième fois en 2008 devant cette même chambre, Mamadou a toujours écopé de sursis – quatre mois la dernière fois. «J’ai dû vous expliquer à l’époque que c’était votre dernière chance et que si vous recommenciez, vous n’auriez plus le droit au sursis. Je vous avais parlé de la nouvelle loi sur la peine plancher ?Non, répond timidement le prévenu. – Si pourtant, je vous l’ai forcément dit, je le fais à chaque fois», insiste la Présidente, l’air embarrassé.

Enfant unique, Mamadou habite chez sa mère, femme de ménage. Présenté par son entourage comme un «jeune homme gentil, mais naïf et clairement influençable», Mamadou est suivi par une association de quartier qui l’encourage actuellement à suivre une formation dans l’électricité. Dans son quartier, Mamadou véhicule l’image d’un gosse sympa et doux qui tente de s’en sortir malgré ses récentes difficultés : «Vous avez eu de nombreux décès dans votre famille, c’est bien cela ?», demande la Présidente. Mamadou acquiesce, mais ne tient pas à en parler. Cette image du gosse sympa, malmené par la vie, la Procureure l’attaque d’emblée : «Monsieur X est calme, Monsieur X est gentil et Monsieur X connaît des malheurs dans sa vie, c’est vrai. Mais cela lui permet à chaque fois de se trouver des solutions allégées». Droit dans les yeux, elle le toise : «Je connais bien les policiers du 14e arrondissement et je sais, pour en avoir discuté avec eux, que Monsieur X est un pro. C’est le genre de dealer à arriver dans la demi-heure avec la marchandise. Le genre à ne jamais avoir quoi que ce soit chez lui, aucune trace – tout est chez la “nourrice” (la «nourrice» est un ami ou membre de la famille stockant chez lui de la drogue pour déjouer les surveillances policières.). Voilà qui abîme la personnalité très clean de Monsieur X. La vérité est qu’il détruit des individus de notre société avec son petit commerce. Et puis, pauvre Monsieur X, il n’a vraiment pas de chance dans la vie ! À l’entendre, il avait un entretien pour un stage le jour même de sa garde-à-vue… quelle malchance. L’infraction qui lui est reprochée est grave : ça lui a été dit, redit. Je requiers la peine plancher : quatre ans de prison avec mandat de dépôt».

«J’ai mal au ventre à chaque fois que je viens plaider devant vous, lance l’avocate de la défense pour commencer sa plaidoirie. Mal au ventre de vous entendre, Madame le Procureur. Ce jeune est un gamin, un gentil gamin, ici présent pour 8 grammes de cannabis ! Or qu’est-ce que j’entends de la bouche du ministère public ? Que ce garçon est “rodé au trafic” ? Que “ses malheurs lui servent” ? Ce jeune homme a subi trois décès dans sa famille en moins de six mois et on l’enfonce là-dessus ? La police a effectué une perquisition chez lui et n’a rien trouvé ! Madame le Procureur sous-entend de fait que cette drogue serait chez une nourrice…» Se tournant vers son client, elle demande : «Vous savez au moins ce que c’est qu’une nourrice ?» Hébété, Mamadou ne répond pas. Son avocate reprend, sur les nerfs : «C’est une transaction de vingt euros… vingt euros ! Et mon client risque quatre ans de prison pour ça ? Mais si vous l’envoyez en prison, ça va le réduire à néant… Regardez-le ! Il va y avoir droit à la douche en arrivant, vous le savez ça ? C’est une catastrophe cette loi sur la peine plancher. Je demande au tribunal toute son indulgence. Vous pouvez, une dernière fois, essayer de lui faire confiance. Cela peut le faire, je vous le dis : ça peut vraiment le faire. Je vous remercie pour lui ».

Résultats des délibérés. Huit mois de prison dont 4 avec sursis et mandat de dépôt. Mamadou dormira le soir même en prison.

Mais revenons au thème central de cet article. Autre exemple de la dérive autoritaire et autocratique du pouvoir. Voilà l’Elysée porteur d’une réforme qui vise à restreindre le droit d’amendement du parlement. Nicolas Sarkozy défend son projet en expliquant, qu’en somme, il y aurait de bons et de mauvais amendements. Des amendements fondés qui vont dans le sens de l’amélioration et d’autres, uniquement destinés à bloquer le travail législatif. Etrange conception de la séparation du pouvoir dans laquelle c’est l’exécutif qui vient tenir la main aux parlementaires et aux juges. A moins que ce ne soit le début du consulat.

Reprise en main de la justice, asservissement de l’audiovisuel public, remise en cause du droit d’amendement du parlement, omniprésence médiatique, système de cour … Autant de signes inquiétants pour tous les démocrates. Lors de la cérémonie des vœux à l’Élysée aux parlementaires, le chef de l’État s’est réjoui de sa qualification d’”omniprésident” par la presse. Il a déclaré la préférer à celle de “roi fainéant” comme “on en a connu”, selon lui, dans le passé. Laurent Fabius analyse cela avec une cruelle pertinence : “Chaque président a eu une grande idée. De Gaulle une certaine idée de la France, Pompidou le développement industriel, Giscard la modernisation de la société, Mitterrand la construction européenne, Chirac l’équilibre de la République. Pour Nicolas Sarkozy, sa grande idée semble être … lui-même”. On pourrait en sourire si notre société était capable de produire des anti-corps susceptibles de neutraliser l’envahissement élyséen. Hélas l’opposition parlementaire au Président de la République est aphone ou inaudible et seule la rue peut lui répondre avec toutes les dérives marginales ou extrémistes que cela peut comporter.

Sarkozy est en train de réussir une entreprise de démolition sans précédent des les institutions de la République, sous prétexte de "réformes". Insidieusement, pour petites touches, l’autoritarisme du pouvoir s’est mis en place, la politique des petits copains aussi, la fracture sociale s’est notablement aggravée, les libertés se restreignent, la surveillance s’accroit…dans le silence assourdissant d’une opposition hautement coupable d’immobilisme et de luttes intestines.

Tout cela peut faire dire à Stéphane Hessel (oui c’est encore lui que je convoque comme grand témoin) : «il y a des domaines où la France est très loin de respecter ce que devraient être les Droits de l’Homme». Ainsi, il pointe du doigt les mauvaises conditions de vie des prisonniers dans les prisons insalubres et surchargées, le manque de respect du gouvernement français à l’égard des sans-papiers, des immigrés, des sans-logements. Il juge «très grave» le fait d’imposer aux préfectures des chiffres d’expulsions de sans-papiers. Il déplore également que Sarkozy nous «mette dans un pays où peu à peu la sécurité l’emporte sur la liberté». Stéphane Hessel se dit aussi «choqué par la façon dont nous allons à l’encontre de ce que serait une véritable liberté, une démocratie» en autorisant le Président de la République à nommer le Président de France Télévision et celui de Radio France.

Autre cri d’alarme, allant dans le même sens, celui de…Dominique de Villepin, qui a certes quelques raisons de ne pas porter dans son cœur l’actuel Président, mais qui ne mâche pas ses mots pour alerter sur les dérives qu’il constate. : “on entre des une régression sur le plan des libertés publiques en nommant le président de France Télévision par le président de la République. Ce n’est pas seulement une régression symbolique. Tout ce qui vient réduire (la) capacité d’expression est dangereux. Tout ce qui peut conduire à donner plus de pouvoir à quelques-uns doit être regardé avec beaucoup suspicion”. L’ancien premier ministre met en garde enfin contre une “régression des libertés publiques”, estimant qu’”il y a un danger à vouloir museler l’opinion dans cette période de crise. Les Français souffrent dans leur vie quotidienne, sur le plan économique et social, il ne faut pas qu’ils souffrent sur le plan des libertés”. Il clame ainsi haut et fort son opposition à plusieurs réformes récentes du gouvernement : “C’est une erreur de vouloir nommer le président de France Télévision par l’Elysée, une erreur de vouloir supprimer le juge d’instruction sans la contrepartie d’une indépendance du parquet. Et ce serait une erreur de réduire le pouvoir d’amendement des textes de loi par les parlementaires”.

Dernier témoignage pour finir, celui de Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l’environnement. Dans une tribune publiée sur le site internet Contreinfo , elle n’hésite pas à évoquer une régression démocratique. «La passivité organisée par la société médiatique, le règne de «l’insignifiance» aux lieux et places de l’information et du débat, «la vente du temps de cerveau disponible» pour acheter du Coca-cola ne sont pas nouveaux. Mais, nous sommes aujourd’hui entrés dans le «dur» c’est à-dire dans l’organisation du verrouillage de la société directement en opposition à la liberté d’expression et à la liberté du choix politique que celle-ci conditionne. Le vote de la loi sur l’audiovisuel qui vise à détruire la télé publique pour en faire la chose du pouvoir et non la garantie de l’information des Français est un acte grave qui nous ramène 40 ans en arrière. Le flicage qui se met en place par un fichage généralisé que George Orwell n’aurait osé imaginer est la deuxième pièce du puzzle.(…) La 3éme étape est la mise en coupe réglée de la justice par la privation de moyens, la suppression de toute indépendance de la magistrature et donc de la confiance nécessaire du justiciable dans son juge. (…) Désinformation, surveillance généralisée et une justice aux ordres sont les manifestations d’une société qui tourne le dos aux droits de l’Homme. Certes, le terrorisme, la violence et même les incivilités doivent être combattues. (…)Et l’outil majeur est précisément la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, qui réunit l’un et l’autre car toucher à l’un, c’est nuire à l’autre. Pour y tourner le dos, nous risquons de compromettre un équilibre déjà fragile et de nous exposer au retour à la barbarie».

SARKOZY Après le remaniement ?

Mais bon, de toute façon, l’actualité n’existe que d’être actuelle et, dès demain, on parlera d’autre chose…

 

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«La guerre des classes existe, c’est un fait, et c’est la mienne, celle des riches, qui mène cette guerre et nous sommes en train de la remporter.» (Warren Buffett, première fortune mondiale).

Aujourd’hui, en ces périodes de luttes sociales, je vais vous livrer de larges extraits d’un reportage paru, il y a déjà quelque temps sur Bakchich.info et signé François Ruffin. Je me suis dit que ce remarquable article pouvait peut-être tirer de leur rêve éveillé ceux qui s’imaginent que la lutte des classes, c’est une formule obsolète, désuète, et qui n’aurait plus cours dans notre belle société ouverte à la mondialisation pour le bien de tous. Voyez plutôt :

On collait des affiches, en ville, avec Jérôme, quand à côté de La Poste, on croise Denis :

«Vous avez vu le Courrier picard ? il nous demande.

- Non.»

Il farfouille dans son cageot, soulève ses salades et nous sort le quotidien du coin : «Le désespoir des Cosserat» barrait la Une. Cosserat, c’est la plus vieille, la dernière en fait, fabrique de velours à Amiens. jpg_UneCP-3

«Tourne la page, m’indique Denis, regarde ça : pendant que les ouvriers pleurent, leur directeur lit tranquillement à trente mètres de là.»

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Jérôme lâche un juron : «Quel salopard !». Faut vous préciser que Jérôme, c’est pas un furibard, pas un vindicatif du tout. Au contraire. Plutôt un «taiseux» comme en produit notre région. Un rien discret, réservé. Et là, il s’énervait un peu, timidement mais quand même : «C’est de la provocation. Il a osé ! Lire là !»

Bof. Cette photo, moi, ne m’impressionnait pas. En général, les boss qui ferment les usines ne lisent pas au pied d’un saule, non. Ils dirigent un «meeting» de «managers» dans des «buildings» de verre à l’autre bout du monde. Ou ils voguent sur leur yacht. Ou ils planent dans un jet privé à 6000 mètres de haut. Ils ignorent même, je devine, qu’à l’instant T on liquide l’ «unité d’Amiens». C’est simplement un papier, parmi d’autres, qu’ils ont signé six mois auparavant. Du coup, je modérais mon camarade :

« C’est juste parce que, là, ils sont rapprochés. D’habitude, ils sont éloignés…

- Mais quand même ! Mais quand même ! C’est pas respecter les ouvriers… »

Cette indignation me surprenait. Le «Christian Criegee» en question, le petit chefaillon allemand, il ne valait sans doute pas, en froide crapulerie, les dirigeants de Goodyear, ou le fils-à-papa Arnaud Lagardère. Et pourtant, jamais Jérôme n’hurlait pareil contre les dirigeants de Goodyear, ou contre le fils-à-papa Arnaud Lagardère…J’enregistrais son irritation. En l’estimant un peu déplacée, un peu gaspillée.

Mais la semaine dernière, au Café des Sports de l’Etoile, dans le Val-de-Nièvre, j’ai rencontré Marie-Jeanne, une employée de chez Cosserat. Dans cet entretien pour Là-bas si j’y suis, à un moment elle m’a confié ça :

«Y a eu une photo choc, je ne sais pas si vous l’avez vue dans le Courrier picard. Au moment où tous les salariés partaient, y a eu une photo prise de l’employeur en train de lire sous son arbre avec un bouquin. Tout le monde a été scandalisé. Même les personnes qui n’ont pas travaillé chez Cosserat, elles trouvaient ça scandaleux. Et ça, c’était super, ça nous a fait un peu de bien. Parce qu’il faut savoir qu’on avait l’impression d’être seuls, un licenciement aujourd’hui c’est tellement devenu banal. Parce que ça ferme de partout… Et de voir cette photo ! J’étais très contente c’est de voir cette réaction au niveau des gens, à l’extérieur, en disant : ‘Mais fallait lui… à la limite lui casser la gueule, quoi !’ Excusez-moi l’expression. »

Ça avait valeur de test, alors. Il y avait eu, dans notre coin, des dizaines de Jérôme. Des gens, guère militants, pas vraiment engagés, mais que ce cliché avait révoltés. Le Courrier picard avait délivré une petite leçon de propagande : leur seule photo s’était révélée plus efficace, peut-être, pour la désignation de l’adversaire, pour «la conscience de classe» on dira même, que tous mes articles réunis du Monde diplo, voire que mes bouquins. Faut qu’on tienne compte de ce résultat. Pour soulever les masses…Et je vais vous expliquer comment, à mon avis.

Faut dire un mot sur le Val-de-Nièvre, d’abord, ce coin à 20 kilomètres d’Amiens. C’était l’empire industriel de la famille Saint, avec Flixecourt comme capitale. Qui inspira Hector Malot, en 1893, pour En Famille. Dont voici la préface :

«Je ne voudrais pas refaire le tableau du patron qui rentre dans son château en l’opposant à celui de l’ouvrier qui rentre dans son pauvre garni, il se trouve dans ce roman. Car ce riche château dominant le village où grouille une misérable population ouvrière n’a point été inventé de chic, pour des phrases. Il existe, comme il en existe bien d’autres, de même qu’existent des taudis dont un propriétaire ne voudrait pas pour ses bestiaux. Et c’est parce que les choses sont souvent ainsi que je les ai peintes telles que je les ai vues : – le château au milieu de son parc, avec ses fleurs, son ameublement luxueux, ses serres, ses écuries, ses équipages, sa valetaille ; – le village ouvrier avec sa misère et sa saleté, ses cabarets empoisonneurs et sa débauche….Il faut n’avoir jamais passé quelques heures dans un village industriel pour accepter sans révolte la comparaison qui s’établit entre l’existence du patron et celle de l’ouvrier.»

Cette «révolte» allait de soi, alors, tant les «pauvres» pouvaient observer les «riches». Les manifestations, le premier mai, ou les jours de grève, s’achevaient devant le «Château de la Navette». Et on brûla parfois une aile d’un manoir.

Cette «révolte», au siècle d’après, Patrick (pas du tout du tout communiste) l’éprouvait encore :

«Ces gens vivaient de peu. Ils faisaient leur jardin en sortant du boulot. C’était la misère, surtout que les habitants voyaient le pognon s’afficher : t’avais quand même quatre châteaux là-bas, le seigneur qui dominait. Puis le cimetière de Flixecourt, ça te rappelle l’empire Saint, cet énorme tombeau sur l’allée principale… Même là il fallait que la famille s’impose. A l’église, ah oui, Dieu est pour tout le monde et tout le merdier, mais y avait la place de la maison Saint, tout devant, encadré avec des grilles. Tu voyais la domination partout.»

Lui a trimé, ensuite, sur la Zone industrielle, et ça a tout changé : «Quand je bossais chez Valeo, je ne connaissais pas le patron, on ne savait même pas où il était. Chez Saint Frères, tu voyais. Bien.»

Ces deux mondes sont aujourd’hui disjoints. La «révolte» ne naît plus de cette évidence, visible, ostensible au quotidien. Riches et pauvres n’habitent plus le même lieu. Les uns se réservent des quartiers dans les grandes métropoles – Paris, Londres, Bruxelles –, disposent de villégiatures dans des zones protégées – la Côte d’Azur, les hauteurs de Marrakech, un chalet à Gstaad. Les autres sont relégués à la périphérie, dans les campagnes ou les banlieues, et s’ils aperçoivent l’opulence des nantis, ce n’est que subrepticement, par médias interposés, par l’image d’un yacht dans les eaux maltaises, par des sommes qui se chiffrent en milliards. Une information noyée parmi mille autres. Que les vaincus ne rattachent que confusément à leur propres privations.

Tout notre effort de propagande doit tendre, alors, à rapprocher ces deux mondes. Comme sur la photo du Courrier picard. A commencer par ici, dans le Val-de-Nièvre :

«Est-ce que vous savez à quelle figure importante aujourd’hui, on peut relier ce qui s’est passé ici, avec la liquidation de tout l’empire Saint-Frères ? A qui ça a profité ?»

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Autour de la table, y a d’anciennes ouvrières des filatures, de la velveterie, du tissage. Qui ont traversé cette histoire, d’un repreneur au suivant. Qui ont vécu ce dépouillement. Mais guère de réponse. Je sors une photo de Bernard Arnault, le propriétaire de LVMH.

«Qui c’est, celui-là ?

- On ne le connaît pas…»

On va leur apprendre à le connaître…

Au Café des Sports de l’Etoile, je me tourne vers Marie-Jeanne :

«Vous qui avez travaillé, enfin, qui êtes encore chez Cosserat pour une semaine seulement, si je vous montre ça, est-ce que vous avez fait le lien… Donc c’est la Une de Paris-Match, sortie en 2005 : ‘Pour le bonheur de sa fille, Bernard Arnault reçoit au château d’Yquem princes, stars et barons de la finance.’ Il y avait Nicolas Sarkozy et puis tout ça qui sont allés au mariage… est-ce que vous faites le lien entre cette Une du journal Paris-Match et ce qui se passe chez Cosserat ?jpg_Une_paris_match-3

- Pas du tout. »

Ginette, elle, avoue son ignorance : « Moi je ne sais pas qui c’est…

- Vous ne savez pas qui c’est, Bernard Arnault ?

- Non.

- Pourtant, vous avez travaillé chez Saint ?

- Oui. J’ai travaillé de 72 à 83 à Harondel. Et puisque ça a fermé, j’ai été muté à Flixecourt toujours chez Boussac-Saint-Frères. Comme Flixecourt ça a fermé aussi, on m’a remutée à Sièges de France. A Sièges de France, ça n’a pas marché :  ça a été l’enfer. Des cadences inimaginables, pour aller aux toilettes il fallait lever son doigt, on n’avait pas le droit de boire un verre d’eau, on n’avait pas le droit de manger un bonbon, on était assis comme ça, il faisait froid, fallait que je travaille avec un manteau, avec des bottes. Pour coudre, c’est pas évident. Monsieur Vernaud il était derrière, à des moments il nous foutait des trouilles du tonnerre, donc on tremblait. C’était l’horreur. J’ai vu des couturières, vingt-cinq ans d’activités de couturières, elles en bavaient tellement, elles prenaient leur sac et s’en allaient. Je me faisais insulter, on m’en a fait voir de toutes les couleurs. Moi j’en étais malade, malade, pis j’ai fait une dépression de quinze mois et enfin j’ai été licenciée. Mon mari aussi a été licencié. On a perdu notre maison neuve, et puis après ça été l’enfer. L’enfer.»

(Sièges de France est une petite entreprise familiale Parisot. Dirigée par l’oncle, apparemment, de Laurence Parisot la patronne des patrons …tellement préoccupée d’éthique !)

J’ai étudié l’histoire de Saint-Frères. La fin, surtout. J’ai lu pas mal, sur le parcours de Bernard Arnault. “L’Ange exterminateur”, du journaliste Airy Routier. “Portrait de l’homme d’affaires en prédateur”, des sociologues Michel Villette et Catherine Vuillermot. Son auto-hagiographie aussi, “Une Passion créative”. Et les archives de l’époque, du Courrier picard notamment. Que m’avait prêtées, bien rangées dans un petit classeur, Catherine Thierry. C’est une nonne rouge, elle. L’ancienne déléguée CFDT de chez Saint. Et elle m’accompagne, aujourd’hui, au Café des Sports, pour déterrer avec moi cette histoire ancienne :

«Il faut savoir : c’est en 1984 que Monsieur Arnault a dit : ‘Je reprends l’usine. Je mettrai 600 ou 900 millions dedans, et je vais sauver l’entreprise textile.’ Et à l’inverse, il s’en est débarrassé immédiatement parce que, qu’est-ce qui l’intéressait dans le groupe Boussac Saint-Frères ? C’était Christian Dior, c’était le luxe. Et il a fini de gruger, tout ce qu’il pouvait dévorer sur le groupe Boussac Saint-Frères, il l’a fait. Tout. Il a tout pris. Et puis il a vendu Flixecourt à VEV Prouvost, il a vendu Cosserat à Monsieur Bitang, il a vendu la corderie de Saint-Ouen à je ne sais plus comment il s’appelait le mec, Saint-Frères Emballages on l’a vendu à Rosenlew, et lui il a gardé Christian Dior, Conforama. Mais Monsieur Arnault, c’est le mec le plus méprisant que j’ai rencontré dans ma vie, je suis vieille pourtant, qui vous regardait de haut…

- Comment c’était votre rencontre avec Bernard Arnault ?

- Il nous a dit qu’il gardera 13000 ou 14000 ouvriers. Et puis c’est lui qui nous a tout déchiquetés. Ce qui fait que les gens, ici, ils ne l’ont jamais vu Monsieur Arnault. On a été très peu de temps sous la férule de Monsieur Arnault. »

En 1984, Bernard Arnault promettait au délégué CFDT de Boussac Saint-Frères :

«Il me racontait comment il allait assurer la survie du textile : ‘Vous pouvez avoir confiance en moi, Monsieur Deroo. Je vais sauver le textile.’ J’avais compris que c’était du bluff : ses intonations, tout ça, il manquait totalement de conviction. C’étaient des phrases stéréotypées, toutes faites… Ben ça s’est vérifié : trois ans après, il n’y avait plus grand-chose.»

J’ai les documents de l’époque.

«En décembre 84, j’ai des citations de Bernard Arnault : ‘Le souci du plan Férinel est de maintenir l’emploi’. Ou encore : ‘Le plan proposé ne prévoit pas de réductions d’effectifs autres que celles correspondant aux mesures déjà décidées par la Compagnie.’ Et trois mois plus tard, Le Courrier picard note ‘une nouvelle saignée’ : ‘400 nouvelles suppressions de postes dans la Somme sont annoncées.’ Ensuite, le mois suivant, le total s’élève désormais à ‘plus de 3 000 suppressions d’emplois dans le groupe’. Il s’est très rapidement débarrassé de tout ce qui ne l’intéressait pas.

- Tout-à-fait.

- C’est une fortune qui est bâtie sur quelque chose d’assez sale, finalement, puisqu’il promet de garder des emplois dont il se débarrasse aussitôt, et pourtant il a réussi à effacer ce souvenir de vous-même qui avez subi…

- Mais à ce moment-là, l’ouvrier, qu’est-ce qu’il a en face de lui ? Il a le directeur en face de lui, hein, il avait Monsieur Denis, Monsieur Le Douarec, etc. etc. Moi-même j’avais oublié. »

Après ce petit cours à deux voix, j’en reviens à Ginette et Marie-Jeanne :

«Est-ce que maintenant vous voyez un lien entre la richesse qu’il étale en Une de Paris Match et ce qui s’est passé dans le Val-de-Nièvre ?

- Ben il a fait sa fortune sur notre dos quand même, hein. Pis qui c’est qui paie ? Ben c’est les ouvriers.

- On s’aperçoit que le luxe dans lequel il vit, il est payé par les salariés du Val-de-Nièvre.»

Parmi les «restructurés», le père de Mourad :

«Quand l’usine a fermé, on a couru à la mairie pour des bons d’alimentation. Il fallait quémander quasiment, s’agenouiller devant les secrétaires, fournir des justificatifs et des justifications, elles en redemandaient, refaire la queue… Toutes ces vexations pour 50, 100, 200 F. Les Restaurants du Cœur, tout le monde a vécu ça, sa file honteuse, ses plateaux-repas. Ça me révoltait : tant de sacrifices, déjà, et mon père qui doit sacrifier sa dignité aussi.»

Dans son autobiographie, Une Passion créative, jamais Bernard Arnault n’évoque le père de Mourad. Pas plus qu’aucun autre ouvrier de Saint-Frères. D’ailleurs, dans ces 201 pages d’entretiens, jamais «Saint-Frères» n’est évoqué. Le PDG de LVMH se confie plus volontiers, en revanche, sur ses distractions artistiques :

«J’aime Chopin, car il est celui qui a fait le plus pour l’écriture au piano. Suis-je un romantique ? En tout cas, j’aime le piano romantique… Nous sommes montés sur scène au Japon à la demande et sous la direction de Seiji Ozawa qui est un ami. Autant vous dire qu’il faut se préparer, surtout pour exécuter un concerto de Mozart.»

«Je regrette beaucoup Boussac Saint-Frères.» Jusqu’aux années 80, Ginette a vécu plutôt heureuse : «C’est vrai qu’on ne gagnait pas beaucoup, mais j’adorais mon travail. J’ai mon grand-père qui a travaillé là-bas, j’ai mon père qui a travaillé, ma cousine qui a travaillé, des tantes qui ont travaillé. C’était famille, famille, famille.»

Etjpg_Montage_2-2 tandis que Ginette descendait en «enfer», le PDG de LVMH pouvait faire étalage de ses biens : une «superbe maison dans la résidence des Parcs à Saint-Tropez, un «bel hôtel particulier dans le VII ème arrondissement» à Paris «regorgeant d’œuvres d’art», avec «une piscine intérieure qui complète l’ensemble», un «palace au sommet, un refuge d’exception» à Courchevel «dans la station où ses enfants ont appris à skier», un «superbe yacht de 70 mètres de long, Amadeus, rebaptisé ainsi en l’honneur de Mozart, plus des «pieds à terre» ici et là. Bernard Arnault conclut néanmoins, raisonnable : «Les maisons, je crois qu’il ne faut pas en avoir trop. Il faut avoir le temps d’y aller.» (Source : Challenges, 20 mars 2008.)

«J’ai 46 ans, raconte Eliane, licenciée d’ECCE. J’ai une petite fille en bas âge, et je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire.» Elle travaillait chez ECCE, un sous-traitant de LVMH qui, dans le Nord, fabriquait des habits Kenzo. Tout compris, matières premières et main d’œuvre, le costume revenait à 80 € en sortie d’usine. Il était revendu près de 1 000 € dans les magasins. C’était encore trop, ces 80 €. On pouvait rabioter là-dessus. Produire en Pologne. LVMH en a donné l’ordre.

Interpellé par la déléguée lors de son Assemblée générale ( "Est-ce que les petits actionnaires sont prêts à gagner un petit peu moins d’argent pour que 147 salariés vivent encore ?"), Bernard Arnault s’en excusait :

«Je suis désolé des problèmes que ça peut poser aux personnes, mais le problème de fond, c’est la différence de coût de revient, pour un certain nombre de métiers, dont la confection, entre la France et nos voisins de l’Europe.»

«Je suis trop vieille, moi, témoigne cette ex-ECCE. En quatre ans, j’ai fait une formation dans la vente, en alternance, et malgré ça, je n’ai rien trouvé dans les commerces ni le prêt à porter. J’ai juste fait 15 jours à ED à côté de chez moi, et y a déjà deux ans de ça. Je postule dans tout. Je me suis renseignée pour travailler dans l’Aisne. J’ai pris le bottin pour chercher des adresses et puis j’ai écrit. J’ai eu des réponses. Positives. Négatives. C’était pour travailler qu’une journée par semaine, mais moi travailler qu’une journée par semaine ça ne m’intéresse pas…Tu manges sept jours», remarque Eliane. Qui conclut : «On se demande si on a bien fait d’avoir des enfants».

Pour la descendance de Bernard Arnault, l’avenir paraît plus assuré. Son fils Antoine siège au «Conseil d’indépendance éditoriale» des Echos, rachetés par papa, tout en dirigeant «la communication de Louis Vuitton». Quant à sa fille Delphine, elle est «entrée au Conseil d’administration, avec le double record d’être la seule femme et la plus jeune». Et pour son mariage, son père aimant lui a offert le «mariage d’une princesse d’aujourd’hui» : «une robe (165 mètres d’Organza, 180 de tulle, 152 de dentelle) transportée par camion de Paris à Bazas», comme «carrosse, une Rolls Phantom III 1937», un «voyage de noces à Los Angelès, Hawaï, les îles Fidji puis Las Vegas où les mariés iront écouter un concert de Elton John». Et toutes les fées du beau monde se sont penchées sur leur union : l’Etat (avec Nicolas Sarkozy, Bernadette Chirac, Jean-François Copé, Thierry Breton), l’Argent (le baron Albert Frère, David de Rotschild, Ernest-Antoine Seillière, Serge Dassault), et jusqu’à la Religion : «le nouveau Souverain Pontife, Benoît XVI, avait envoyé sa bénédiction papale et un message personnel aux mariés». Eux avaient bien besoin des secours de l’au-delà. Dans cet «éclairage [qui] évoque un décor des Mille et Une nuits», sous «cette voûte étoilée tendue dans la cour du château», durant «le feu d’artifice d’une magnificence toute particulière», rien n’est venu rappeler l’envers de la fortune.

Faut-il le préciser : aucune ouvrière de Boussac, de Saint-Frères ou de ECCE, n’était invitée !

Mais bon, de toute façon, l’actualité n’existe que d’être actuelle et, dès demain, on parlera d’autre chose…

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Assassionistes !

SH4-APM Connaissez-vous Stéphane Hessel ? Né à Berlin en 1917, naturalisé français en 1937, ancien résistant, rescapé des camps d’extermination de Buchenwald et de Dora, il débute en 1946 une carrière de diplomate au secrétariat des Nations Unies. A ce titre, il participe à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en 1948. Aujourd’hui, à 92 ans, cet infatigable militant continue à défendre les Droits de l’Homme, la dignité des peuples, la coopération avec les pays en développement, la justice sociale, les libertés, toutes ces valeurs dont certains voudraient s’affranchir.

Pourquoi parler de lui, aujourd’hui ? Parce qu’à l’heure où Israël se livre, dans la bande de Gaza à un massacre sans retenue, il est bon de faire entendre une voix, autrement plus qualifiée que la mienne, une voix autrement plus puissante que celle des puissants, une voix qui parle plus clair que celle de notre Président en tournée inutile au Proche-Orient, une voix qui en dit plus que celle de nos commentateurs télé, une voix que l’on ne saurait sérieusement faire taire en l’accusant de sectarisme ou d’un quelconque antisémitisme.

Voici comment Stéphane Hessel exprimait récemment son indignation devant le bombardement de Gaza par Israël, après avoir évoqué le scandale que constitue pour lui l’ovation du négationniste Faurisson, organisée récemment par Dieudonné. (Les propos de Stéphane Hessel, ont été recueillis par Béatrice Vallaeys et publiés dans Libération)

“A mon âge, je ne peux pas être avare de mes indignations. Il y a quelques jours, le pseudo-humoriste Dieudonné offrait au Zénith un spectacle où il avait invité Robert Faurisson, et mis en scène un homme vêtu d’un pyjama rayé. En même temps, Israël bombarde la bande de Gaza.

Pour moi, on ne doit pas laisser impuni le spectacle abject de cinq mille personnes ovationnant le négationniste Faurisson, mais en même temps on ne peut qu’être scandalisé par l’absence de toute sanction à l’égard d’un Etat – un gouvernement intérimaire – celui d’Israël, massacrant des enfants palestiniens….

Mettre en parallèle ce qui s’est passé au Zénith et ce qui se passe à Gaza, cette prison à ciel ouvert, est une double indication : celle qui nous oblige à rester vigilants sur ce qui est de l’antisémitisme, mais aussi celle qui nous impose de rester combatifs sur la violence sioniste et israélienne tout à fait inacceptable en terme de droit international...

Mais c’est Israël surtout qui me préoccupe. Il est incroyable d’entendre l’ambassadeur d’Israël en France dire, comme il l’a fait sur France Inter, que 500 000 Israéliens vivent sous la terreur depuis six ans. Que nous ayons laissé sans sanction internationale le gouvernement israélien ces cinq dernières années et encore tout récemment, constitue également un crime contre les droits de l’homme. En tant que porte-parole de la Déclaration universelle, je suis personnellement scandalisé par cette impunité. Si la communauté internationale doit intervenir en Israël c’est parce qu’elle est liée par les résolutions du Conseil de sécurité, et parce qu’on a promis à Annapolis (1). Or elle ne fait absolument pas face à ses obligations internationales.

Pourquoi est-elle quasi silencieuse ? Parce qu’elle est intimidée par Israël, elle redoute de se faire traiter d’antisémite, elle craint qu’on ne fasse pas toute sa place à ce peuple qui a été tellement martyrisé. Cela va à l’encontre même des valeurs du judaïsme qui sont des valeurs d’ouverture, de liberté et de réconciliation des religions : autant de mérites niés par le gouvernement israélien depuis la fin de la guerre des Six jours. La politique israélienne a combattu ceux qui militaient pour la paix (l’OLP, Oslo) et favorisé les partisans de la violence, plus crédibles, selon elle, à l’égard de la population. Si la communauté internationale n’intervient pas, on court à la catastrophe – déjà présente et meurtrière pour les Palestiniens – et à plus long terme pour Israël : car tant qu’Israël ne trouvera pas la voie vers deux Etats partenaires, il aura lui-même miné sa possibilité de survie dans le Proche-Orient.

Et il est faux de prétendre que le Hamas ne veut pas discuter. Comme l’a rappelé Marek Halter dans le Figaro, le Hamas a déjà clairement laissé entendre qu’à condition de s’en tenir à l’intérieur des frontières définies en 1967, il était prêt à reconnaître l’existence de l’Etat d’Israël.

Il ne faut pas avoir peur de la multiplicité de ses indignations. Ma génération qui a connu la Shoah et qui en a été affectée parmi ses proches et ses amis ne peut pas rester insensible, elle ne peut pas accepter, elle doit protester contre tout ce qui met en cause l’horreur de cette période.”

(1) Voici le texte de la déclaration israélo-palestinienne d’Annapolis (27 novembre 2007) :

Les représentants du gouvernement de l’Etat d’Israël et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), respectivement le Premier ministre Ehud Olmert et le président Mahmoud Abbas, en tant que président de l’Autorité palestinienne, réunis à Annapolis (Maryland) sous les auspices du président des Etats-Unis, George W. Bush, et avec le soutien des participants à cette conférence internationale, ont conclu l’accord conjoint ci-dessous :

Nous exprimons notre détermination à mettre fin à l’effusion de sang, au souffrances et aux décennies de conflit entre nos peuples ; à ouvrir une nouvelle ère de paix, fondée sur la liberté, la sécurité, la justice, la dignité, le respect et la reconnaissance mutuelle ; à diffuser une culture de paix et de non-violence ; à nous attaquer au terrorisme et à la provocation, venant soit des Palestiniens soit des Israéliens.

En vue de parvenir à deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, nous convenons d’entreprendre immédiatement des négociations bilatérales en toute bonne foi pour conclure un traité de paix en vue de résoudre toutes les questions laissées en suspens, y compris les questions essentielles, sans exception, comme il a été spécifié par les accords antérieurs.

Nous convenons de commencer des négociations vigoureuses, sans interruptions, et déploierons tous les efforts possibles pour parvenir à un accord avant la fin de 2008.

Quelques jours plus tard, Stéphane Hessel déclarait encore, sur une station de radio, à propos de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza :

“En réalité, le mot qui s’applique – qui devrait s’appliquer – est celui de crime de guerre et même de crime contre l’humanité. Mais il faut prononcer ce mot avec précaution, surtout lorsqu’on est à Genève, le lieu où siège un haut commissaire pour les Droits de l’Homme, qui peut avoir là-dessus une opinion importante. Pour ma part, ayant été à Gaza, ayant vu les camps de réfugiés avec des milliers d’enfants, la façon dont ils sont bombardés m’apparaît comme un véritable crime contre l’humanité.”

Pour sa part, l’Union juive française pour la paix (UJFP) "dénonce le crime qui se déroule contre la population de Gaza" :

“Ce crime a été rendu possible par l’impunité totale accordée à Israël depuis bientôt 9 ans et le soutien actif dont il bénéficie au sein de l’Union Européenne. Il est le résultat direct du "rehaussement de la coopération avec l’UE" imposée par la présidence française contre le vote de report du Parlement Européen.”

Par ailleurs, la sénatrice Nathalie Goulet, membre de l’Union centriste, membre de la commission des affaires étrangères, a publié la déclaration suivante :

“Je déplore l’attaque Israélienne sur Gaza. Comme toujours, Israël fait un usage excessif de la force dans l’indifférence de la communauté internationale qui laisse se dégrader la situation à Gaza depuis des mois et des mois – Il ne faut blâmer ni l’Iran, ni le Hamas mais l’inertie de la communauté internationale, le soutien sans faille de la politique américaine à Israël et l’intolérable "double standard des organisations internationales. Israël viole depuis 40 ans des dizaines de résolutions onusiennes, sans embargo, sans sanctions et en toute impunité. La situation est insupportable pour les habitants civils de Gaza depuis des années, elle n’a fait que se dégrader avec son cortège d’humiliation et de soif de vengeance – Œil pour œil rendra le monde aveugle, disait Gandhi ; Cela fait trop, trop longtemps que nous sommes aveugles et sourds aux souffrances du peuple Palestinien.”

Un collectif, regroupant une soixantaine d’associations, va déposer une plainte pour «crime de guerre contre la population palestinienne de Gaza par les dirigeants d’Israël», auprès de la Cour pénale internationale (CPI). «Nous voulons dénoncer l’impunité dont jouit Israël et le carnage dont fait l’objet la population civile», explique Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap). Rédigée par Gilles Devers, un avocat lyonnais, la plainte sera également déposée à l’Elysée  précise le président du Mrap. «Tout le monde reconnaît que l’action menée par Israël est disproportionnée», souligne Aounit, «il est donc normal que nous menions une action en justice pour empêcher ce carnage».
Mais si le collectif souhaite dénoncer les violences que subit la population de Gaza, il semble difficile pour le moment que la plainte puisse être menée jusqu’au bout. D’abord parce que la Cour pénale internationale n’est pas compétente pour Israël. L’Etat Hébreux n’ayant pas ratifié le traité instaurant cette cour. Il faudrait donc une saisine par procureur auprès de la cour. «Comme la CPI ne juge pas les Etats mais les personnes, cette démarche n’est pas dirigée contre Israël, mais contre les soldats et ceux qui donnent des ordres qui aboutissent aux violences faites aux civils», explique Gilles Devers. «Nous demandons donc à l’Etat Français de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU, pour d’appuyer notre demande afin qu’une enquête soit déclenchée», ajoute l’avocat.

Des réactions similaires, des déclarations du même type, j’aurais pu en produire des centaines, venant de tous les horizons et de toutes les sensibilités. Celles que j’ai choisies montrent à l’évidence que la condamnation de la politique insensée et criminelle d’Israël n’est pas seulement le fait de quelques extrémistes pro palestiniens aveuglés et fanatisés ou de fourbes antisémites !

Il faut dire et montrer ce qu’est en train de faire Israël, sous prétexte de protéger sa population des agissements du Hamas, ennemi pratique, dont il a a favorisé la création et l’essor afin de mieux parler de lutte contre de terrorisme et de, chaque fois, saboter les espoirs de paix.

Il faut dire et montrer que c’est à un massacre planifié et organisé des populations civiles de Gaza, que se livre actuellement l’armée Israélienne au mépris de nombreuses prises de position de la communauté internationale, des appels au cessez-le-feu de l’ONU, des cris d’alarme de toutes les associations humanitaires.

Il faut dire et montrer que l’opération "Plomb durci", qui tente de perpétuer son carnage, à l’abri d’une censure de l’information révélatrice de l’horreur qu’elle voudrait dissimuler (les journalistes sont toujours interdits à Gaza) c’est ça :

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Il faut dire et montrer que l’œuvre sauvage de Tsahal c’est ça :

Deux hôpitaux et des écoles bombardées, des ambulances sous le feu, des secouristes tués, des civils blessés empêchés d’être soignés, des enfants abandonnés à côté de leurs parents morts… Les rares organisations humanitaires travaillant encore dans la bande de Gaza accusent l’armée israélienne des plus graves violations du droit humanitaire. Même la Croix-Rouge internationale (CICR), qui ne critique que très rarement de telles violations, a elle aussi dénoncé les agissements de Tsahal. Plus inquiétant encore pour la situation humanitaire, l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens, a annoncé la suspension de toutes ses activités après la mort d’un de ses chauffeurs de camion, touché par un obus israélien pendant une période de cessez-le-feu. Ce fait sans précédent dans l’histoire de l’UNRWA revient à priver quelque 750 000 personnes de nourriture.

Médecins sans frontières (MSF), la seule ONG à maintenir des expatriés dans l’enclave palestinienne, indique n’avoir «jamais vu autant de morts en si peu de temps». Elle a ainsi comparé la situation à Gaza à «ce que l’on peut voir dans des catastrophes naturelles de grande envergure. L’espace humanitaire n’est pas respecté à Gaza. L’UNRWA comme le CICR ont été clairement ciblés par l’armée israélienne. Or, on n’est pas dans la brousse confrontés à des groupes de rebelles. On est en présence d’un Etat qui a un siège à l’ONU et des obligations internationales», commentait vendredi Isabelle Merny, responsable de MSF en mission à Jérusalem.

Le CICR a reconnu que l’un de ses convois avait essuyé des tirs de l’armée israélienne, qui ont fait un blessé léger et l’ont contraint à réduire temporairement ses activités à Gaza. L’organisation internationale a accusé Tsahal d’avoir empêché ses médecins d’accéder à des blessés palestiniens, dont quatre enfants en bas âge qui sont restés coincés pendant cinq jours dans leur maison dans le quartier de Zeitoun, à Gaza, à côté du corps de leurs mères respectives qui avaient été tuées. Dans une autre maison de ce quartier, elle a aussi découvert quinze survivants d’une attaque israélienne que les soldats avaient refusé de secourir. D’où la colère de Pierre Wettach, chef de la délégation du CICR : «Cet incident est choquant. Les militaires israéliens […] n’ont pas non plus fait en sorte que le CICR ou le Croissant-Rouge puissent leur venir en aide. L’armée israélienne n’a pas respecté son obligation de prendre en charge les blessés et de les évacuer, comme le prescrit le droit international humanitaire.»

La colère, aussi, est vive à l’Office de l’ONU pour la coordination humanitaire (OCHA), qui a accusé vendredi les forces israéliennes d’avoir évacué environ 110 Palestiniens (dont la moitié était des enfants) vers une seule maison, encore dans le quartier de Zeitoun, en leur ordonnant de rester à l’intérieur. «Vingt-quatre heures plus tard, elles ont bombardé à plusieurs reprises cette maison, tuant environ trente personnes», a indiqué le communiqué de l’OCHA. «Je crains que nous découvrions d’autres tragédies dans les jours à venir», a ajouté Philippe Lazarini, le chef des opérations.

«Un million et demi de Palestiniens, dont 45 % ont moins de 15 ans, sont la proie des balles et des bombardements incessants. Qui pouvait croire qu’un tel rouleau compresseur pourrait épargner les civils ?» s’exclame Franck Joncret, chef de mission pour MSF, qui estime que Tsahal n’a pas respecté le principe de précaution le plus élémentaire. Selon lui, même la trêve quotidienne de trois heures décidée par Israël pour répondre aux pressions internationales, n’est pas respectée.

(Extrait d’un article du "Monde) :

"A l’hôpital Al-Chifa, de Gaza, nous avons vu des victimes de ce que nous avons toutes les raisons de penser être le nouveau type d’armes, expérimenté par les militaires américains, connu sous l’acronyme DIME – pour Dense Inert Metal Explosive", ont déclaré les médecins (Norvégiens ndlr). Petites boules de carbone contenant un alliage de tungstène, cobalt, nickel ou fer, elles ont un énorme pouvoir d’explosion, mais qui se dissipe à 10 mètres. "A 2 mètres, le corps est coupé en deux ; à 8 mètres, les jambes sont coupées, brûlées comme par des milliers de piqûres d’aiguilles. Nous n’avons pas vu les corps disséqués, mais nous avons vu beaucoup d’amputés. Il y a eu des cas semblables au Liban sud en 2006 et nous en avons vu à Gaza la même année, durant l’opération israélienne Pluie d’été . Des expériences sur des rats ont montré que ces particules qui restent dans le corps sont cancérigènes", ont-ils expliqué.

Un médecin palestinien interrogé, dimanche, par Al-Jazira, a parlé de son impuissance dans ces cas : "Ils n’ont aucune trace de métal dans le corps, mais des hémorragies internes étranges. Une matière brûle leurs vaisseaux et provoque la mort, nous ne pouvons rien faire." Selon la première équipe de médecins arabes autorisée à entrer dans le territoire, arrivée vendredi par le sud à l’hôpital de Khan Younès, celui-ci a accueilli "des dizaines" de cas de ce type.

Au soir du 12 janvier, le bilan provisoire est de plus de 975 morts palestiniens dont une large moitié de civils, selon des sources hospitalières et plus de 4400 blessés. Au total, dix militaires et trois civils israéliens ont été tués. Qui sont les agresseurs ? Qui sont les “terroristes” ?

Il faut dire et montrer que cette honteuse, hideuse, désastreuse, sulfureuse politique de l’état hébreu, outre qu’elle est clairement et ouvertement criminelle, aura des conséquences dramatiques et lourdes de menaces. Elle assassine pour longtemps tout espoir de paix dans la région. Elle renforce dangereusement le capital de sympathie dont peuvent bénéficier les extrémistes du Hamas, dans l’ensemble des populations arabes. Elle attise les haines et les expressions de rejet entre les communautés juives et musulmanes, partout dans le monde.

Notons au passage que ceux qui s’écriaient “Y’a bon, Obamania !”, voyant dans l’élection du nouveau Président des États-Unis le rayon de lumière de la fin de l’année 2008, doivent peut-être commencer à se rendre compte qu’il ne faut pas trop espérer des changements radicaux dans la politique américaine. Que George W. Bush ait épousé la position des Israéliens c’est sans surprise, Mais Barack Obama a raté une bonne occasion de ne pas se taire. Le démocrate, qui avait promis une "nouvelle diplomatie", aurait pu redonner de l’espoir aux peuples de la région, Israéliens comme Palestiniens. Il s’est borné à exprimer ses "inquiétudes". Aller au delà "ne serait pas prudent pour le peuple américain", s’est-il justifié. En se taisant, sous prétexte qu’il n’y a "qu’un président à la fois aux Etats-Unis", il a muselé l’espérance. Lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution demandant un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza et un retrait complet de l’armée israélienne, les Etats-Unis, qui soutenaient publiquement le texte, se sont abstenus de le voter ! Là encore le silence d’Obama a été assourdissant ! La politique américaine au Proche-Orient ne changera pas radicalement, tant le lien entre Washington et Israël est solide et tant les lobbies juifs sont puissants aux États-Unis.

Mais bon, de toute façon, l’actualité n’existe que d’être actuelle et, dès demain, on parlera d’autre chose…

 

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De Val en pis !

film-sur-choron-cabu-philippe-val-et-wolinski-deboutes,M16318 Il y a déjà quelque temps qu’il n’avait pas éprouvé le besoin de faire parler de lui par une de ces petites vilénies dont il semble se faire une spécialité (néologisme en bonne voie d’accréditation : “une valénie”!) Et bien, c’est chose faite, Philippe Val a trouvé, à sa gauche bien sûr, de nouveaux adversaires à pourfendre de sa vindicte. Suivant les charme procéduriers tellement en vogue en cette époque sarkozienne et entrainant avec lui, dans ce nouveau combat pour la Justice et la Vertu, ses collaborateurs à "Charlie-Hebdo” Cabu et Wolinski, Val a attaqué en référé les producteurs du film "Choron Dernière" de Pierre Carles, qui sort le 7 janvier, au motif que les trois noms se trouvent sur l’affiche sans leur accord ! L’assignation de leur avocat, Me Richard Malka, indiquait :

"L’affiche du film, réalisée par le dessinateur Vuillemin, induit une confusion majeure quant à la participation spontanée de Messieurs Cabu, Val et Wolinski au film en question (…) [Leurs noms] ne sauraient donc faire l’objet d’une utilisation à des fins lucratives et ce afin de susciter l’intérêt du public."

Notez au passage la prétention de ces messieurs à croire encore “susciter l’intérêt du public” par le seul affichage de leur nom !

Me Malka expliquait qu’en assignant les producteurs du film, ses clients "cherchent à éviter la confusion. On a considéré qu’on ne pouvait pas laisser faire n’importe quoi, pour le principe. La prochaine étape, ça peut être un film porno avec les noms de Val, Cabu et Wolinski."

Oui, c’est vrai, il y a là un vrai risque tant leur comportement est déjà parfaitement obscène ! 

Si le juge des référés avait suivi les demandes des plaignants, les producteurs auraient été condamnés à payer 4000 euros à chacun d’eux, ainsi que, solidairement, 1500 euros, en plus des frais de justice et d’une astreinte de 10000 euros par infraction constatée…Ce qui signifiait, quasiment à coup sûr, l’impossibilité de rentabiliser un film qui, par nature, ne visait pas à une très large diffusion. Comme on le déclarait du côté des boîtes de production :

"Attaquer en demandant des dommages et intérêts et astreintes financières permet non seulement de ne pas attaquer les réalisateurs sur le fond du film, mais aussi d’asphyxier financièrement nos sociétés."

Heureusement le bon sens l’a emporté et le juge des référés du tribunal de Paris a débouté, le 22 décembre, de leur demande les trois affichés malgré eux. Dans son ordonnance, le juge reconnaît le caractère de «film documentaire» de l’œuvre, la mention incriminée «ne [s'interprétant] pas d’évidence comme étant autre chose que la liste des personnes dont des interventions figurent dans le film». Sage décision, vis à vis d’une démarche où l’odieux le disputait au ridicule, voire au pathétique !

Pourtant, d’habitude, Philippe Val ne manque pas une occasion d’élargir sa surface médiatique et il ne rechigne pas à occuper le devant de l’affiche, mais là, il est vrai que le film est sous-titré «Vie et mort du professeur Choron et de Charlie Hebdo» et que, considérant le second cadavre, le principal fossoyeur n’a que peu de gloire à retirer de son active participation aux obsèques. C’est en fait le fond du problème :

“Grand «patron» de presse, punk libertaire, ivrogne au cœur immense, chanteur déjanté, Choron avait vu le trio de la “gauche” bobo susnommé lui voler le titre Charlie-Hebdo en 1982 pour relancer l’ersatz que l’on connaît …” (Arthur, ex de Charlie-Hebdo, aujourd’hui à Siné-Hebdo)  

Le film comprendrait donc quelques extraits propres à gêner l’équipe actuellement dirigée par Philippe Val. Ne l’ayant, et pour cause, pas encore vu, j’ignore s’ il est aussi féroce avec Val et sa bande que ceux-ci le redoutent (et le méritent), mais s’il est du même ton que ce petit film, trouvé sur Daily Motion, du même Pierre Carles, ils ne seront pas déçus ! Suivez ce lien pour le visionner. C’est édifiant :

  http://www.dailymotion.com/relevance/search/charlie%2Bhebdo/video/x6pkma_charlie-hebdo-se-fait-hara-kiri_news

 

Il faut voir Philippe Val, obséquieux envers les patrons du MEDEF qui l’ont invité à leur université d’été, mais agressif et virulent vis à vis du reporter qui l’interroge et s’interroge sur sa présence à ce type de manifestation ! Il faut entendre les déclarations de Charb sur l’inadéquation entre l’esprit “Charlie Hebdo” et les convictions de son directeur ! Il faut voir ou revoir Val se pavaner sur le tapis rouge du palais du festival de Cannes, au côté de BHL et de Glucksmann, pour mesurer toute la vanité du personnage et comprendre comment et pourquoi le journal qu’il dirige (vers l’abime ?) s’est éloigné de ce qu’il fut : Le style s’ampoule mais l’éclairage pâlit. La culture philosophique s’étale. Le ton devient plus sérieux. Les éditoriaux pompeux de Val exposent des idées qui ne sont pas forcément celles de son journal ou en tout cas de ses journalistes. Les dessins et caricatures ont moins de pagination. Des journalistes très respectables, très premier degré et sans une once de satire débarquent (Caroline Fourest notamment) et étalent des propos là encore pas forcément en phase avec l’esprit du journal de 1992. Fantaisies, délires, surprises, outrances disparaissent. L’esprit se perd, un journal se meurt, un symbole disparait …Et tout cela au nom de l’ambition de respectabilité et de reconnaissance de son directeur.

Laissons pour finir la parole à ce bon vieux Cavanna qui en quelques mots montre toute sa lucidité et toute son amertume à propos de celui qui est, hélas, son “patron” :

En cet été 92, quand, dans l’enthousiasme, fut relancé Charlie Hebdo, l’accord était unanime, le propos clair et sans ambiguïté : l’esprit "bête et méchant" renaissait dans toute sa fougue, dans toute sa virulence, et s’interdisait, entre autres, toute complaisance envers quelque faction politique que ce fût. Mais, l’ambition, cette gueuse papelarde, était tapie au cœur même de cette joie. Charlie Hebdo est aujourd’hui ce qu’il est. Sûrement pas un journal "bête et méchant". Pas encore bon chic bon genre, mais déjà estimé des gens en place. Des gens qui placent".

 Mais bon, de toute façon, l’actualité n’existe que d’être actuelle et, dès demain, on parlera d’autre chose…

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Fin damnée

C’est pas moi qui le dis !Thomas_Jefferson_rev

“I believe that banking institutions are more dangerous to our liberties than standing armies. If the American people ever allow private banks to control the issue of their currency, first by inflation, then by deflation, the banks and corporations that will grow up around the banks will deprive the people of all property until  their children wake-up homeless on the continent their fathers conquered.”

“Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise"

Thomas  Jefferson  1802

Les pères fondateurs étaient d’une lucidité redoutable. Quel dommage que les fils prédateurs n’aient pas hérité de cette sagesse ! 

Mais, au fait, où en sommes nous de la crise en ces temps de fêtes ? Je me suis laissé dire que le généreux plan de “recapitalisation” des banques, accordé par le gouvernement sans autres contreparties, exigences, contraintes ou contrôles précis autres que l’obligation de souscrire au risible “code de conduite” du Medef, n’incitait guère les établissements bancaires à une générosité accrue envers particuliers ou patrons de PME sollicitant des financements. Les banques restent largement rétives à distribuer du crédit, ou bien à des conditions inacceptables. Mais alors que les petites et moyennes entreprises, les commerçants, les artisans, se débattent avec leurs difficultés à obtenir le maintien des engagements passés ou de nouveaux prêts, alors que ces blocages ont les conséquences dévastatrices que l’on imagine sur l’emploi, l’investissement et l’activité, que font les établissements financiers des sommes que l’état providentiel vient de leur accorder ? Ne me dites pas que pendant la crise la spéculation financière continue ! Et pourtant, je n’ai pas entendu annoncer un vaste plan de reconversion pour les traders affectés à ces établissements financiers, je n’ai pas eu la moindre information selon laquelle, devant leur écran d’ordinateur, ils tueraient aujourd’hui l’ennui en jouant à “Freecell” ou chercheraient un monde meilleur sur “Second Life” ou sur des sites érotiques ! Non, je suis bien certain qu’ils sont toujours aux ordres (d’achat ou de vente), fidèles au poste (informatique) et qu’ils continuent avec la même fébrilité à tenter de faire ce pour quoi ils sont faits : des placements rentables à court terme, de juteuses opérations boursières, d’audacieuses spéculations, bref ce que l’on a, récemment et en haut lieu, fustigé comme ressortant d’une économie financière artificielle s’exerçant en dehors et au mépris de l’économie réelle ! Mais il est vrai que les mouvements de yoyo actuels des marchés boursiers doivent favoriser de possibles profits rapides et inciter les professionnels de la finance à, plus que jamais, poursuivre leur “action” en bourse !

Nul ne devrait plus ignorer "l’immoralité, la saloperie d’une organisation de la planète entièrement vouée à la spéculation et au profit d’une minorité au détriment du bien-être et souvent même de la survie de tous les autres" (Bernard Langlois, Politis).  Mais, les uns et les autres, politiques inconséquents, financiers avides, dirigeants irresponsables se réinstallent tranquillement dans leur nocive arrogance et leurs pratiques insensées, bardés des mêmes certitudes d’être l’élite auto-célébrée prétendant à la gouvernance de nos vies.

Cette gouvernance s’exerce sur le plan judiciaire avec un cynisme rarement atteint. Vous le savez, Julien Coupat, 34 ans, chef supposé du réseau de saboteurs de TGV, reste emprisonné à la Santé. La chambre de l’instruction de Paris a décidé de le maintenir en détention, et a ainsi accédé à la requête en urgence du parquet de Paris. Un juge des libertés et de la détention (JLD) avait pourtant ordonné sa remise en liberté le 19 décembre, suivant la demande de son avocate Irène Terrel. Par sa décision d’élargir le mis en examen numéro un, le JLD infligeait un camouflet trop sévère au procureur de la République Jean-Claude Marin, qui n’avait pas fait dans la demi-mesure en donnant une dimension terroriste à ces «dégradations en réunion de caténaires contre des trains à grande vitesse», et à la bande d’anticapitalistes censés les avoir détruites. Le procureur les avait étrillés lors d’une conférence de presse. Il prédisait jusqu’à «vingt ans de réclusion criminelle» à Julien Coupat, qualifié de «dirigeant d’une structure à vocation terroriste». Le magistrat appelait «cellule invisible» le groupe constitué autour de Julien Coupat.et de Yldune Lévy, 25 ans, sa compagne (elle aussi toujours emprisonnée). Devant les médias, le magistrat enfonce ce fils d’un médecin à la retraite et d’une cadre supérieure de l’industrie pharmaceutique, brillant diplômé d’une grande école de commerce (Essec), et de l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS) qui, à ses yeux, n’est pas seulement un intellectuel radical. Il l’accuse d’être le «leader charismatique et idéologue» d’un groupe clandestin «anarcho-autonome», qui «donne des ordres aux autres lors d’actions violentes contre la police» et «vise à atteindre l’organisation de l’Etat par la lutte armée, pas par la contestation». La communauté de vie de la ferme du Goutailloux à Tarnac (Corrèze) n’aurait été qu’un «lieu d’endoctrinement»,«une base arrière» des «Invisibles».photo_0302_459_306_16278 Pourtant, le procureur n’a qu’un fort mince dossier d’accusation contre ces pseudo-saboteurs : pas d’empreintes digitales ou génétiques, pas de traces téléphoniques, pas de fers à béton chez eux, donc pas de preuves…en béton ! Il y a certes «les pinces à forge» de Yldune Lévy, mais cette étudiante en archéologie dit s’en servir pour ses travaux. D’ailleurs la plupart de ces présumés «malfaiteurs terroristes» ont été laissés en liberté sitôt mis en examen. Un signe évident de la faiblesse de la procédure.

Quoiqu’il en soit, les juges et ceux qui font l’opinion avaient eu d’emblée l’intention de diaboliser cette petite bande soupçonnée de sabotage de matériel ferroviaire, qui a retardé des TGV et causé la pagaille sur le réseau, mais qui ne risquait pas de faire dérailler les trains ni de porter atteinte à la vie des voyageurs, selon l’aveu même de la SNCF. La qualification de terrorisme pour ces actes de destruction, qui paraissent plutôt relever du droit commun, a suscité de vives critiques et la création de comités de soutien un peu partout en France, mais aussi en Allemagne et en Grèce, tellement cela apparaît comme manipulateur et excessif ! Hélas, tout ce qui est excessif n’est pas insignifiant. Et la signification de tant de stupide et délirant acharnement est claire : Comme le dit le député des Verts Noël Mamère, le gouvernement tente, par cette manipulation policière et politique, de «s’inventer des ennemis de l’intérieur» en pratiquant «une stratégie de la tension» qui consisterait à provoquer une «hystérie sécuritaire». Son collègue communiste Patrick Braouzec s’est attaqué à «la volonté du gouvernement de trouver des boucs émissaires par rapport aux maux de la société». «Ce gouvernement a envie de recréer une peur style Action Directe» et de «s’inventer une jeunesse terroriste», renchérit la députée Verts Martine Billard. Gérard Coupat, le père de Julien, dénoncé une volonté de «casser et d’humilier» son fils et «d’intimider la jeunesse».

Bref, cherchez à qui profite l’accusation de crime ! Et soutenez Julien et Yldune et leurs compagnons ici : http://www.soutien11novembre.org/

Autre affaire judiciaire (on n’ose plus dire “de justice” !), autre affaire ferroviaire, moins grave mais tout aussi significative de la société que l’on nous fabrique : Le lundi 22 décembre, quatre personnes ont été placées en en garde à vue. Encore des «terroristes» ? Peut-être, sans doute, sûrement…Mais surtout de paisibles membres d’une association de défense de la liberté de circuler en train (Bataildurail.com). Les membres de cette association ont pris la fâcheuse habitude de manifester toutes les semaines (avec le soutien de pratiquement tous les élus du département du Lot), pour que soient rétablis les quinze arrêts supprimés à Gourdon et Souillac (ligne Paris-Toulouse). Alors sont venues les menaces et maintenant la répression. Ces quatre militants interpelés comparaîtront le 15 janvier devant le tribunal correctionnel de Cahors. Absurde ! Comme est absurde la politique planifiée de démantèlement dément, sans ambages et sans tapage, d’un service public essentiel. Une politique qui, outre le mépris total pour l’intérêt des usagers, a pour conséquence de jeter sur les routes autocars et camions dont chacun sait combien ils sont respectueux de l’environnement. Il s’agit d’un des nombreux avatars de ce que nos dirigeants nous présentent comme une indispensable “modernisation”, une “adaptation aux exigences de l’époque”, une “évolution raisonnée et pragmatique”…au détriment du petit peuple, du petit personnel, des petites gares, des petites lignes et de petits trains régionaux qui les desservent. Une politique qui n’a d’autre but que de commercialiser, rentabiliser, bref, privatiser. Pour que certains puissent espérer “faire du fric”, imperturbablement, comme si la catastrophe financière et économique provoquée par tous les faiseurs de fric de la terre n’était en rien significative de cette sorte de «modernité», de ce libéralisme, qui n’a de rapport avec la liberté que purement lexical, et qui valorise le cynisme réactionnaire, l’escroquerie idéologique, l’affaiblissement des plus faibles et l’enrichissement des plus riches.

Et même les frauduleusement enrichis bénéficient dans cette inique et cynique Principauté Française d’une indulgence proportionnelle à leur inféodation au Prince. Jean-Charles Marchiani, ex-préfet, pilier de l’UMP, condamné à trois ans ferme pour avoir confondu mission et commissions dans deux affaires différentes de corruption touchant à des marchés publics, et qui doit encore comparaître dans un autre procès, celui de l’Angolagate, va, lui, pouvoir sortir de prison, gracié pour bonne conduite par décision présidentielle.

20081224Marchiani Marchiani et Pasqua…copains comme coquins !

Un des autres co-inculpés de l’Angolagate, Charles Pasqua, raconte benoîtement à la radio que, oui, il a plaidé la cause de Marchiani auprès du président de la République. Pourtant l’une des principales décisions de Nicolas Sarkozy en matière pénitentiaire avait consisté, à peine élu, à annoncer qu’il tournait le dos à la pratique des grâces présidentielles. Il avait ainsi déploré que ses prédécesseurs usent de cette soupape comme d’un moyen de désengorger les prisons (où s’entassent aujourd’hui plus de 63 000 détenus dans moins de 50 000 places). Chez FO-Pénitentiaire, Jérôme Capdevielle s’étonne du revirement de l’Elysée:

"Que Nicolas Sarkozy prenne cette décision politique, pourquoi pas. Mais qu’il décide un an plus tard d’accorder sa complaisance à certains détenus devient indécent car ça ne concerne plus qu’une poignée de personnes. En termes d’affichage, c’est déplorable, et c’est très difficile à expliquer sur le terrain aux détenus. On véhicule forcément l’idée d’une justice à deux vitesses.”

D’autant que, compte tenu de son dossier judiciaire encore en évolution, "l’exemplarité" de Jean-Charles Marchiani peut-être sérieusement mise en doute et sa remise en liberté peut étonner en regard de la sévérité de la justice à l’encontre de délinquants mineurs ou de mises en détention provisoire (comme celles de Julien Coupat et sa compagne). La clémence envers Marchiani  qui relève du seul fait d’un Prince oublieux de ses promesses sur ‘l’impartialité’ de l’Etat a les relents nauséabonds d’une République “des copains et des coquins”. Et c’est ainsi un message inquiétant que le président de la République délivre aux Français.

Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’Homme, a appelé les citoyens au sursaut. «L’affaire de Tarnac, la descente policière dans un collège de Marciac, l’arrestation du journaliste Vittorio de Fillipis… sont l’écume de quelque chose qui consiste à renverser systématiquement la présomption d’innocence en présomption de culpabilité, et c’est très grave». Depuis cette déclaration, il a encore d’autres sujets d’inquiétude et de révolte à ajouter à son catalogue. Voyez plutôt :

20081230sineokHistoire édifiante qui remonte au mardi 16 décembre : Quatre philosophes français se rendent en République démocratique du Congo pour un colloque universitaire, organisé par l’Agence universitaire de la francophonie et les facultés catholiques de Kinshasa. Thème du colloque : « La culture du dialogue, les frontières et l’accueil de l’étranger ». À bord de l’avion, les passagers découvrent un «Africain, menotté, entouré de six policiers en civil». «L’homme était très calme, très digne», se souvient Pierre Lauret, l’un des philosophes. Les trois intellectuels s’interrogent. À des degrés divers, ce sont tous des militants de la cause des sans-papiers, pas du genre à rester tranquillement assis quand on expulse dans le même avion qu’eux… «On a simplement posé des questions. Ça a attiré l’attention des passagers, pratiquement tous des Africains, qui ont commencé à s’indigner, raconte Pierre Lauret. On n’a lancé aucun slogan. Le feu a pris tout seul, mais est vite retombé. Un quart d’heure après, tout le monde était assis.»  C’est alors que le commandant de bord vient ordonner à Pierre Lauret de débarquer. Devant son refus, il est embarqué manu militari par une escorte de policiers en uniformes, qui le plaquent à terre et le menottent. «J’ai été jeté dans une camionnette, le visage en sang, puis mis en garde à vue où je suis resté six heures.» Il est inculpé d’opposition à une mesure de reconduite à la frontière et d’entrave à la circulation d’un aéronef et convoqué au tribunal de Bobigny le 4 mars prochain. 

Mais ce n’est pas tout. À leur retour de Kinshasa, les deux autres philosophes, Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusset, ont été appréhendés par la police à leur descente d’avion et placés à leur tour en garde à vue ! Ils y passeront 11 heures  avant d’être remis en liberté. Sidéré, Pierre Lauret tenait entre autre à dénoncer le rôle de la compagnie aérienne : «Tout cela signifie que l’équipage a informé la police de leurs noms et de leur date de retour. Air France, en la personne du commandant de bord, les a livrés pieds et mains liés.»

Autre histoire terrifiante et hélas tout aussi vraie que la précédente : Le vendredi précédant les vacances, le conseil de discipline du lycée Joliot Curie de Nanterre a décidé l’exclusion définitive de Christophe, élève de seconde, pour "absentéisme". En réalité, la proviseure du lycée assume en privé qu’il s’agit d’une sanction visant un lycéen “gréviste” impliqué dans la mobilisation contre les réformes “Darcos”.
Face à cette injustice, révélatrice des sanctions administratives touchant les lycéens mobilisés Sarah et Gaëlle, deux élèves déléguées assistant au Conseil de discipline se sont logiquement insurgées et ont prévenu la proviseure que les sanctions et l’intimidation ne casseraient pas le mouvement. Le lendemain, samedi, une AG se tenait et le lycée était en grève en signe de protestation et pour soutenir Christophe.. "La proviseure a dit à la mère que son fils était renvoyé car c’est un leader" lors des mouvements lycéens de cet automne, a déclaré Gaëlle. "Nous avons dit à la proviseure, lors d’une discussion avec elle, ‘on va cramer le lycée’. Mais cela signifiait uniquement que tous les élèves seraient mobilisés. Nous nous sommes peut-être un peu emportés, mais la sanction allait trop loin", a-t-elle ajouté.

Mais après la sanction administrative, la proviseure fait appel aux forces établies de la répression : la police et la justice. Elle porte plainte pour “menaces sur des biens et des personnes" et “outrage à une personne assurant une mission de service public” !

Le lundi 29 décembre, les trois lycéens sont placés en garde à vue. La seule majeure, Gaëlle, voit sa garde à vue levée lundi soir et elle sera convoquée d’ici un mois devant le délégué du procureur pour outrages. Quand à Christophe et Sarah, âgés de 16 et 17 ans, ils sont présentés au juge des enfants le mardi 30 et mis en examen pour menaces de mort sur personne chargée de mission de service public, et menace d’atteinte aux biens dangereuse pour les personnes. Ils font en outre l’objet d’une demandes de mise sous contrôle judiciaire, avec interdiction de se rendre dans leur lycée et d’entrer en contact avec les “victimes et témoins”.fc7fe18ef2533836337b2fe8fe3213aa

Garde à vue, garde à vous !

Effarant ! La garde à vue et la mise en examen pour ce qui ne semble n’être qu’un simple dérapage verbal ! La véritable raison est sans doute qu’il fallait faire un exemple vis à vis d’un meneur de la contestation lycéenne et de deux déléguées de classes (élues démocratiquement par leurs camarades, je le rappelle) qui ont eu l’audace de le soutenir. Le tout-répressif n’a plus de limites. Mais prenez garde tous les "droits dans leurs bottes de l’ultra droite réglementaire et "régle-menteuse" : à force de n’apporter que des réponses répressives, oppressives, suppressives de liberté, vous contribuez à faire monter une colère et un sentiment de révolte qui n’aura plus d’autre moyen pour s’exprimer que la violence du désespoir !

manifMais c’est vrai qu’elle inquiète l’électeur sarkozyste ou lepeniste (aux dernières nouvelles c’était le même !), cette jeunesse ! N’est-elle pas parvenue à faire reculer Xavier Darcos ! Après "consultation et accord" du chef de l’Etat, le ministre de l’éducation nationale a décidé de différer la réforme du lycée, effectuant une volte-face aussi spectaculaire qu’inattendue. lui qui affirmait pourtant : “Le moratoire ne fait pas partie de mon vocabulaire", le 28 août, dans un entretien au "Monde", tandis que l’Elysée vantait le "volontarisme et l’habileté" de ce poids lourd du gouvernement, qui, malgré l’ire des syndicats, accumulait les annonces de réformes, au nom de l’"intérêt de l’élève". Les élèves ont compris et ont fait savoir où étaient leurs intérêts et surement pas dans une réforme dont la principale motivation était une réduction budgétaire massive !

Sauf que cette fois-ci la reculade a eu lieu avant même que la montée de la mobilisation amène à les manifestations monstres. Sur une simple crainte : celle de voir un mouvement mal contrôlé dégénérer. Et elle a été décidée avec l’accord de M. Sarkozy, qui, pendant toute la campagne présidentielle, avait promis de réformer la France sans faiblir. Il fallait alors entendre M. Fillon, qui devait devenir son premier ministre, fulminer contre "les reculs" que lui avait imposés M. Chirac et réclamer "une rupture avec l’immobilisme". "La réforme de l’école est possible. Il suffit de tenir, de ne pas se laisser impressionner par des mouvements finalement très minoritaires et clairement instrumentalisés par tous ceux qui ont intérêt au maintien du statu quo", écrivait le futur hôte de Matignon en septembre 2006 dans “La France peut supporter la vérité” (Albin Michel).

darcos2C’est là que l’on peut parler d’un "syndrome grec" dont on a craint en haut lieu que notre belle jeunesse soit atteinte ! En d’autres circonstances, c’est-à-dire sans la crise économique, qui fait de nouveau peser de fortes menaces sur l’insertion des jeunes, sans la situation tendue dans les banlieues, qui fait craindre une explosion de violence à la moindre intervention policière, sans l’exemple de la Grèce, qui fait redouter une révolte des jeunes à la moindre étincelle, il est probable que le ministre de l’éducation nationale n’aurait pas cédé aussi vite. Les plus prudents ont  jugé la situation suffisamment tendue pour qu’il soit nécessaire de calmer le jeu.

Derrière ce constat, le risque d’une vraie défiance de la jeunesse à l’égard du pouvoir, et d’une vraie méfiance du pouvoir vis à vis de la jeunesse qu’il conviendrait de museler et de pacifier par tous les moyens, allant de la répression la plus acharnée à la démagogie la plus éhontée.

Enfin, ne boudons pas notre plaisir. Une mauvaise réforme est enterrée, car personne, pas même Darcos, n’a cru un seul instant qu’il s’agissait de la “différer”. Ses propos sont clair. Il a déclaré qu’il entendait organiser "une sorte d’états généraux du lycée à partir des établissements", pour essayer de "faire s’exprimer tous les lycéens"., qu’il allait voir si le protocole de début de discussions signé en juin dernier par les syndicats enseignants, les chefs d’établissement et les organisations lycéennes était "encore bon ou s’ils en veulent un autre". "Nous allons repartir dans des discussion qui se feront plutôt dans les établissements (…) pour qu’on entende vraiment la parole lycéenne". En bref, il a annoncé  “reprendre le projet à zéro”. Laissons la parole à un spécialiste de la réforme avortée, au plus philosophe de nos anciens ministres de l’Education, Luc Ferry, qui dans un entretien au «Figaro» évoque la crédibilité de cette notion de “report” : «Malheureusement quand on reporte une réforme, ça signifie en langage politique qu’elle est enterrée. Moi aussi, Jean-Pierre Raffarin m’avait dit : tu verras, on la refera l’an prochain ta réforme. Je n’étais évidemment pas dupe.»  29001_lyceune

Cependant, il est un point, central, majeur, essentiel sur lequel Darcos n’est pas revenu : celui des suppressions de postes dans l’éducation nationale – 11 200 dans le budget 2008, et encore 13 500 dans le budget 2009 – qui font toujours planer la menace d’une école au rabais et d’un service public, là aussi, déprécié, appauvri, dévalué. C’est pourquoi il est envisageable que mouvements d’humeur, manifestations et protestations se poursuivent après les vacances si le gouvernement ne renonce pas à cette ponction budgétaire. "Nous ne voulons pas de réforme du lycée qui légitime les suppressions de postes", a souligné Antoine Evennou, président de la première organisation lycéenne, l’Union nationale lycéenne (UNL)

La question est aussi de savoir quel sera le prix politique de ce recul, le premier d’envergure depuis que M. Sarkozy a été élu président. Lorsqu’il est bloqué d’un côté, il fonce de l’autre. D’où son souci d’appliquer sans délai, pratiquement à la hussarde, la réforme contestée de l’audiovisuel public.

pic29510D’où aussi l’acharnement présidentiel à faire adopter la proposition de loi sur le travail du dimanche, malgré les fortes résistances au sein de sa majorité. Car, de fait, le «compromis» laborieusement négocié par Nicolas Sarkozy en personne avec les députés hostiles au projet ne fait toujours pas l’unanimité à droite. Notamment en raison de la possibilité donnée au préfet d’autoriser, sans l’avis obligatoire du maire, l’ouverture dominicale dans les «zones touristiques». Le petit-chef n’a pas dissimulé sa fureur d’avoir vu les débats à l’Assemblée sur cette proposition de loi impossibles à conclure «avant Noël», comme il l’avait exigé, réclamant même qu’on batte le rappel des députés pour une reprise des travaux parlementaires qui venaient d’être ajournés, du fait de la fatigue des élus après l’éprouvant marathon de la réforme de l’audiovisuel public, de la faible présence en séance de députés favorables, à coup sûr, au texte sur le travail dominical et de la bataille pied à pied de l’opposition. «Il faut qu’ils travaillent», s’est-il énervé, alors qu’on lui faisait observer que la plupart des élus étaient déjà en route vers leur circonscription ! Vraiment , quel homme délicieux !

Mais bon, de toute façon, l’actualité n’existe que d’être actuelle et, dès demain, on parlera d’autre chose…Ah ! et puis, même si ça s’annonce mal : Bonne année à tous ! 

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